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LES GRANDS DU DESSIN DE PRESSE

Frans Masereel (1889-1972)

Utilisant le procédé de la xylographie du XIVe siècle pour diffuser ses idées dans un XXe siècle ensanglanté, Frans Masereel grava avec talent sur le bois son immense tristesse face aux deux guerres mondiales.

image 180 x 232Issu d’une famille aisée appartenant à la riche bourgeoisie flamande de Gand, Frans Masereel (1889-1972) est né le 30 juillet 1889 à Blankenberghe. Il fait de brillantes études. C’est à l’Académie des Beaux Arts de Gand (1907-1908) que, côtoyant la pauvreté, il prend conscience de l’injustice sociale.

Voyageant beaucoup (l’Angleterre, l’Allemagne, et la Tunisie) et parlant trois langues (anglais, allemand et français), il restera sa vie durant étranger aux sentiments nationalistes. Vers 1910, il s’installe à Paris où il découvre, un peu par hasard, la gravure sur bois (ancienne technique en aplats noirs et blancs). Il offre ses premiers dessins à L’Assiette au Beurre, dont le rédacteur en chef est l’anarchiste Henri Guibeaux (1884-1938).

Quand la Grande Guerre éclate, Frans Masereel réussit à échapper à la mobilisation générale de 1914. Il se réfugie en Suisse, où il rejoint Henri Guibeaux en 1915. À Genève, il se lie d’amitié avec Romain Rolland et Stefan Zweig. Là, il collabore à La Feuille (revue pacifiste) où, durant trois ans, Masereel fait à peu près 1 000 illustrations, lisant la presse chaque jour et travaillant tard. Il est également traducteur à la Croix Rouge.

image 180 x 259Dessins à l’encre et gravures sur bois sont ses armes contre "la grande boucherie", principalement dans deux oeuvres militantes "Debout les morts" et " Les morts parlent ". Il illustre également les poèmes du poète belge Émile Verhaeren, les oeuvres de Romain Rolland et de Stefan Zweig. En 1916 il fonde, avec Claude Le Maguet (typographe, anarchiste et insoumis), une revue pacifiste Les Tablettes qui paraîtra jusqu’en 1919.

Considéré comme réfractaire à l’armée en Belgique, il revient en France en 1921. Il habite à Paris et, en 1924, achète dans le quartier des quilles en l’air à Equihen une vieille masure. Il participe, en 1932, au Congrès contre la guerre et le fascisme à Amsterdam. En 1937, il compose de grandes décorations murales pour le pavillon de la Belgique et pour celui de la Paix à l’Exposition internationale de Paris.

Comme nombre d’artistes, Frans Masereel, qui déclarait « Je ne suis pas assez esthète pour me sentir satisfait de n’être qu’un artiste », adhère à la révolution russe et ses prises de position lui valent d’être tenu à l’écart de toute reconnaissance officielle durant des années. Il effectue deux voyages en URSS en 1935 et 1936. Militant actif, il est formateur artistique au Cercle de peinture de l’Union des Syndicats de la Région parisienne et part pour l’Espagne républicaine lors de la guerre civile.

image 180 x 262En 1940, la maison de Frans Masereel à Equihen est occupée par les Allemands. Il se retire dans le sud de la France (Avignon, puis dans un village du Lot-et-Garonne) et s’installe à Nice en 1949. Sa production est toujours importante. En 1950 il obtient le Grand Prix International de la Gravure à la Biennale de Venise. Il est également nommé membre de l’Académie Royale de Belgique en 1951.

En 1958, il voyage en Chine populaire et, en 1959, assiste à une grande exposition organisée en son honneur à Pékin. Reconnu mondialement, Frans Masereel décède le 3 février 1972 à Avignon. Des funérailles nationales ont lieu à Saint-Amandsberg (Gand).

Illustrateur des livres de Victor Hugo, Charles de Coster, Walt Whitman, Tolstoï, Tagore, Vildrac, Maeterlinck, Duhamel, Oscar Wilde, Auguste Vermeylen, et de Montherlant ; l’oeuvre de Frans Masereel reste à redécouvrir. Sur les deux derniers ouvrages édités en France. La ville (Éditions Herscher) et L’idée (éditions Nautilus), seul le dernier semble être encore diffusé.

La ville, paru en 1925 simultanément en Allemagne et en France, illustre sur 100 bois gravés ce lieu où la plus extrême misère côtoie l’arrogance du bourgeois repu. Ses gravures qui « à elles seules [permettent] de reconstituer le monde contemporain » (Stefan Zweig) , posent à plat la métrople sous cet éclairage noir.

  image 180 x 147L’idée, paru en 1927, qui était l’ouvrage préféré de Frans Masereel, eut un énorme succès auprès des anti-nazis allemands. Sur 83 xylographies, L’idée (nue comme la vérité), poursuivie par la police et la justice, va vivre, survivre, aimer et se propager.

Frans Masereel déclarait avoir « trouvé dans la gravure ce qu’[il] cherchait pour parler à des milliers d’hommes ». Hélas ! En l’absence de rééditions, nous ne pouvons pas lire « ses histoires sans paroles , sorte de journalisme politique dessiné » (préface de Michel Ragon à L’idée, Paris, 1984).


 
 
 
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