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Chroniques de l’Age des Fléaux

Elle s’appelait Narin. Un nom peu commun pour une femme peu commune. Son histoire est quant à elle malheureusement trop commune à bien d’autres femmes qui vivent l’enfer qu’elle a dû supporter. Je commence ainsi ces chroniques par l’histoire vraie d’une femme que j’ai connu et que je n’ai pas su sauver.

Narin est née un 23 mars 1983 dans la banlieue d’Ankara, à 3 ans, ses parents émigraient en France avec elle et ces deux frères. Paradoxalement avec son destin, elle est allée dans des écoles laïques, puis même dans un collège catholique. Cette éducation fit d’elle une jeune fille très intelligente, effaçant aux yeux des autres ses origines, sa religion, sa famille.

Passionnée par la lecture de Zola, Hugo, Molière, et surtout de George Sand, elle voulait devenir enseignante de Lettres et étudia dur au Lycée, là où je la connu. Elle était sublime, intelligente, passionnée, elle prenait tout ce que la vie lui donnait comme un cadeau, sans jamais se plaindre. Peut-être savait-elle déjà ?

Après avoir eu son bac à 18 ans, avec mention bien, la vie lui souriait. Et comme tous les étés, elle alla en vacances chez sa grand-mère, en Turquie. Elle qui avait choisi de ne pas pratiquer sa religion, l’Islam, elle revint de son mois de vacances entièrement voilée, et mariée. Son père, proche des radicaux islamistes l’a mariée, sans son consentement. Son nouveau mari est ensuite venu habiter chez ses beaux parents, en France. Après cela, elle n’eut plus le droit de sortir non accompagnée soit par son mari soit par un de ses frères. On lui apprit a ne plus regarder les hommes dans les yeux et à ne plus parler à des étrangers. Elle dut arrêter ses études et rester cloitré chez elle. Son mari la violait et quand elle se débattait trop, il la battait comme on bat un chien. Qui aurait pu changer cela, la famille était complice !

Cette situation dura deux ans, et le jour de ses vingt ans, après avoir été battue et violée comme trop souvent, elle décida de mettre de fin à cette situation. Sand aurait-elle acceptée un tel sort ? Non. Alors elle se leva dans le noir, et dans le silence de la nuit se planta un couteau de cuisine en plein cœur. Elle est morte seule, se vie effacée comme de l’encre sur le papier. Son mari ne vint même pas à son enterrement.

Un jour avant qu’elle ne fasse ce geste irrémédiable, je l’ai croisé dans la rue, accompagnée par son frère, et bravant l’interdiction, elle me regarda dans les yeux. Les siens étaient pleins de larmes. Des larmes de douleur et de désespoir. Comment à t-on put laisser une femme si exceptionnelle en arriver là, tombée sous le joug de pratiques d’un autre âge ? Pour elle, comme pour toutes les autres femmes comme elle, notre responsabilité est collective.

Mais pour Narin, je suis plus encore responsable. J’aurai pu la sauver, si j’avais eu le courage de l’aimer. L’aimer comme elle le méritait. J’ai gâché ma chance et sa vie. Narin, mon ange, cet article est pour toi.

Encore une tombe à fleurir,
Un ange part dans un dernier soupir

Démosthène.


 
P.S.

Le titre de cette chronique est en hommage à l’oeuvre de Norman Spinrad.

 
 
Forum lié à cet article

4 commentaires
  • > Chroniques de l’Age des Fléaux 21 octobre 2003 08:45, par Guy

    Etant donné que ce site est un ami pour tous les hommes universels, ce témoignage fera avancer la conscience et petit à petit la barbarie, celle qui est dans l’âme des traditions dévoyées, régressera.
    La laïcité devient aussi une religion dangereuse pour la liberté humaine fondamentale. Attention à elle et à ses discourts "généreux".
    Merci pour ta tendresse et ton humanité.

  • > Chroniques de l’Age des Fléaux 23 octobre 2003 13:00, par leila

    Ton histoire me touche profondément.

    Le problème de certains orientaux, c’est qu’ils n’aiment pas beaucoup les femmes assoiffées de savoir et de connaissances, pour eux c’est synonyme de désobéissance et de révolte. Ils ont ce besoin de jouer à l’homme protecteur, dominateur.

    Pourquoi ce type n’a pas épousé une femme qui correspond à sa vision du monde et à son mode de vie ?

    Heureusement les mariages forcés sont devenus très rares de nos jours. Mais même avec des mariages consentis, la relation entre les deux époux peut se transformer au cours des années, surtout après la naissance des enfants.

    Les hommes savent que dans l’éducation de la femme orientale, le bonheur des enfants et la stabilité du couple est prioritaire chez la femme. En plus l’attachement familial est très fort chez les familles orientales.
    Pour cela, la femme doit faire des sacrifices, accepter l’inacceptable pour maintenir ce soit disant équilibre familial et ne pas être la cause du malheur de ses enfants et de l’éclatement de la famille.

    La femme arabe est, malgré tous les clichés, une femme courageuse qui ne se plaint pas, vit plus pour les autres que pour elle-même, elle est profondément romantique ( et je crois que c’est un grand défaut car cela l’éloigne de la réalité). L’amour avant le mariage n’étant pas autorisé, la femme arabe pendant sa jeunesse, compense ce manque par des rêves, rêver du prince charmant, du grand amour, de la petite famille parfaite, le mariage la ramène souvent à une réalité amère qu’elle a du mal à accepter alors elle se résigne et jette tout sur le destin, c’est comme ça, c’est son destin et il faut l’accepter. Après tout, se dit-elle, le mariage c’est comme le poker, quand on y joue, on gagne ou on perd ; elle a joué, elle a perdu et elle accepte avec résignation sa défaite sans plaintes ni gémissements.

    La femme arabe n’est pas une femme soumise comme on a tendance à le croire, c’est une personne qui a un profond amour pour ses parents et pour ses enfants. Elle a peur de faire mal aux êtres qui occupent une grande place dans son coeur, elle préfère alors souffrir que de faire souffrir

    Tristement

    Leila

    • > Chroniques de l’Age des Fléaux 23 octobre 2003 21:18

      Pourquoi ce type n’a pas épousé une femme qui correspond à sa vision du monde et à son mode de vie ? Pour lui, elle n’était qu’un visa, rien d’autre. Après, qu’elle soit soumise, rebelle, ou courageuse, il ne s’est sans doute jamais posé la question.

      Mais courageuse, ça, elle l’a été. Mais je n’approuve pas ta vision de jeu pour le mariage. Encore que je ne puisse juger pour le cas des femmes arabes. Mais je pense que la situation doit être proche pour les femmes turques. Narin, en tout cas, n’a jamais rêvé d’un prince charmant, des amours, bien que platonique, elle en a eu avant son mariage forcé. Mais je suis d’accord avec ta vision du romantisme, qui est inhérent à la culture orientale.

      Mais cet article peut servir de message à toutes ces femmes, leur montrer à quel point il est inadmissible qu’une femme, quelque soit sa religion, ses origines, subissent ainsi un mari forcé et violent. Leur montrer comment leur si belle culture peut se montrer si destructrice de l’âme humaine. Comment cela a pu amener cet "homme" à couper les ailes d’un ange, mon ange.

      Le poker, quand on perd, on peut rejouer, avec une nouvelle mise. Ces pratiques inhumaine s’apparentent plutôt à la roulette russe. On perd, on meurt.

      Merci Leila pour ton message et ton soutien. Tes mots ont séché mes larmes.

      Amicalement, Démosthène.

      • > Chroniques de l’Age des Fléaux 23 octobre 2003 23:48, par leila

        Cher démosthène,

        De tout mon coeur je suis avec toi.

        Tu n’as aucune responsabilité dans cette histoire si triste, tu n’aurais rien pu faire. Narin était sous l’emprise d’un mari violent et d’une famille sévère et égoïste et ton intervention aurait compliqué davantage la situation.

        Je comprends parfaitement sa "soumission", elle cherchait certainement un moyen pacifique pour se débarrasser de ce type sans drame, sans perdre sa famille, ni leur faire du mal, elle était généreuse et sûrement très courageuse.

        Il est vrai que nous devons tous, homme et femme, apprendre à dire NON quand il le faut. Le NON est indispensable.
        Le respect des parents ne veut en aucun dire obeïssance total et soumission et leur dire NON ne signifie pas leur manquer de respect ni d’amour.

        Mon cher démosthène, j’espère que tu retrouveras ton sourire, un drame suffit.

        Pour que d’autres anges ne nous quittent plus, formons une chaine humaine et disons NON à toutes les injustices et à toutes les oppressions. D’autres anges ont besoin de toi, j’ai lu certains de tes articles et je suis sûre que pour eux, pour nous mais aussi pour toi, tu retrouveras ton sourire.

        De tout mon coeur, je te dis bon courage

        Très amicalement

        Leila

 
 
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