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Chroniques de l’Age des Fléaux (II)

Une main tendue. Toute la journée, qu’il pleuve, qu’il neige ou sous le soleil brûlant de l’été, il attend sa maigre pitance de la pitié des autres. C’était sa vie.

Trente ans qu’il ne connaît que cela, pourtant sa vie n’avait pas si mal commencé. Jeune, il n’était pas très doué pour l’école, mais pour le dessin, ça pour sûr c’était un artiste. La preuve, il réussit même à entrer aux beaux-arts, avec une bourse. Mais après ? Il avait essayé de vendre ses dessins et ses peintures mais aucune galerie n’a voulu de ses œuvres. Alors il a commencé à les vendre dans la rue, 10 Francs le dessin, 25 l’aquarelle. Tout ce qu’il gagnait, c’était pour son art, chaque centimes. Au début, ça ne posait pas de problème, sa fiancée avait de bons revenus, un appartement et il pouvait peindre. Mais un jour elle en a eu marre de lui, il n’était qu’un gros naze sans talent d’après elle. Peut-être avait-elle raison.

Sans famille, loin de ses amis, il dut vivre dans la rue. Au début, il refusait le contact avec les autres, il n’était pas comme eux, du moins le pensait-il. Eux ne faisaient rien, passaient leurs journées à attendre, mendiant pour quelques sous. Lui au moins était un artiste, il vendait ses œuvres, jusqu’au jour où il n’eut plus assez d’argent pour acheter son fusain. Et là, il devint comme eux, à dormir sous un pont ou dans un carton, et l’hiver, avec ses nouveaux amis, il allait se réchauffer chez les restos du cœur et dans des centres d’hébergements, le temps qu’ils l’acceptaient, une semaine, un jour, une heure.

La journée, quelque soit le temps, il attendait, un chapeau retourné, que la populace lui jette un regard, ou bien, « une petite pièce siou plé ! » Un jour, son ancienne fiancée est passée devant lui, il l’a appelée, mais elle n’a même pas daigné baisser le regard. A son bras était un jeune et fringant jeune homme. A croire qu’il a raison, l’Enfer, c’est les autres. A certains moment, il lui semblait être un fantôme, invisible, qui pousse un cri de douleur que nul n’entend. Le soir, à l’heure où tout le monde dîne au chaud en regardant les horreurs des infos, lui buvait son litron de rouge. Alcoolique, il l’était devenu, lui aussi, une manière comme une autre de noyer son chagrin et son désespoir.

L’été était la saison de la solitude, avec tous ces gens qui ont le luxe de prendre des vacances, lui restait là, toujours au même endroit, a contemplé des rues désertes. L’hiver était quant à elle la saison de la mort. Combien de ses frères a t-il vu mourir, de froid, de faim ou tout simplement parce qu’ils n’avaient plus la force de lutter ? Bien plus que n’importe quel soldat. Au fond qu’était-il d’autre qu’un guerrier de la misère, un combattant de l’espoir toujours perdu, Don Quichotte sordide.

Ce soir là de février, après avoir bu beaucoup au près du feu, il se décida enfin à aller au refuge des Capucines. Titubant dans une ruelle, ses vielles sandales glissèrent sur une plaque de verglas. Sa tête se fracassa contre le macadam gelé. Il mourut sans douleur, l’alcool servit d’anesthésiant. Mais quelle importance ?. Qui s’est soucié de la vie de cet homme ? Bah, personne n’est responsable, c’est juste la faute à notre société pas vrai ? Ce n’est que la vie gâchée d’un artiste perdu. Un parmi tant d’autres.

Encore une tombe à fleurir,
Un ange part dans un dernier soupir

Démosthène.


 
 
 
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2 commentaires
  • > Chroniques de l’Age des Fléaux (II) 3 novembre 2003 19:49, par gandhiMLKing@aol.com

    Liberté, égalité, fraternité : fondement de la société francaise, doux mots des sociétés développées, on croit en leurs symboles mais ce ne sont que des mots, des mots utilisés pour faire bien, pour donner une belle image de notre pays, une espèce de slogan publicitaire pour montrer que nous avons l’âme généreuse, et ca marche ! "vous êtes francais ? oh quel beau pays ! le pays des droits de l’homme".Mais même les francais croit en leur Marianne, ils en sont fièrs, tout comme les américains avec leur statue de la liberté !!... francaise !!!

    Heureusement que vous, Démosthène, et tout ceux qui rejoignent la réalité énoncée par Michael Moore sont la pour dénoncer les failles de nos sociétés qui se transformeny, ou du moins qui restent depuis toujours des sociétés dont le slogan porrait être : Utopie illusoire.

    Voir en ligne : Chroniques de l’âge des fléaux (II)

    • > Chroniques de l’Age des Fléaux (II) 4 novembre 2003 08:23, par Démosthène

      S’il est vrai que le français est en général d’une grande hypocrisie avec ses valeurs LEF, dont il ne comprend pas le sens profond la plupart du temps, ce crime n’est malheureusement pas une excpetion culturelle. Partout dans nos si chères démocraties occidentales, les gens sont entourés de misère mais ne la voient même pas, douce illusion à leurs yeux. Mais ils donnent une fois par an à une quelconque association, et de temps à autre une petite piécette au pauvre malheureux qui tend la main. Ca soulage leur conscience. Mais pendant ce temps là, lorsqu’ils vont aux supermarchés, ils achètent des produits qui finançent indirectement les consortiums d’armements....

      Enfin ! Je ne les juge pas, au fond, je fais comme tout le monde. Nous sommes tous pareils. Mais avons nous réellement le choix ? Car c’est cela la liberté, le choix, et cette liberté peut nous doner la fraternité que cette société individualiste nous a enlevée, et quant à l’égalité, effectivement, pure utopie. Mais le but est-il seulement de l’ateindre ? Ou juste de tendre vers cet idéal ? L’important n’est pas de vaincre mais de se battre disait Frédéric le Grand, et ce qu’il disait en parlant pour la grandeur de son pays, nous devons le faire pour la survie de notre humanité.

      Démosthène.

 
 
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