Prodi est-il de gauche ?

Prodi est-il de gauche ?

Voter contre Berlusconi ce week-end, c’était sanctionner un personnage impliqué dans d’innombrables affaires douteuses et antisociales. Mais que veut Prodi ?

Marc Botenga 12-04-2006

Chasser Berlusconi du pouvoir était la volonté de l’Union, une coalition de nombreux partis et mouvements progressistes, allant des sociaux-démocrates à Rifondazione Comunista1, en passant par les écolos. Mais le scepticisme de beaucoup d’Italiens sur le changement qu’apporterait Prodi était important.

Car Prodi est-il de gauche ? Dans les années 80, ce docteur en droit a été dirigeant du Groupe de Bilderberg, composé de l’élite capitaliste euro-atlantique (banquiers et industriels), dont le but principal était de stabiliser le régime libéral et d’éviter une montée du « radicalismeouvrier »2. De 1999 à 2004, Prodi a présidé la commission européenne. Sa tâche principale était de libéraliser et de privatiser au maximum.

En Italie même, les précédents gouvernements de centre-gauche (dont un dirigé par Prodi, de 96 à 98) n’offrent pas un bilan social meilleur que celui de Berlusconi. On peut même affirmer que beaucoup de lois du gouvernement Berlusconi ne sont que la suite logique des lois votées par le centre-gauche. La réforme de l’enseignement supérieur en fonction de sa marchandisation (modèle Bologne par la loi Berlinguer) et la criminalisation de l’immigration (loi Turco-Napolitano 1998) en sont deux exemples clairs.

Mais l’exemple le plus évocateur concerne le monde du travail. Avec le décret Treu de 1997, Prodi, lançant une offensive contre les droits des travailleurs, a instauré le « contrat de collaboration coordonnée et continuée ». En devenant « collaborateur », le travailleur perd une grande partie des droits liés à son statut traditionnel : droits aux vacances, à l’indemnisation de maladie et aux cotisations pour la pension (ramenées d’environ 35% du salaire à 19%).

Ces politiques ont logiquement conduit le grand patronat italien de la Confindustria à soutenir Prodi. Lié étroitement au patronat européen, Prodi présente en outre l’avantage de pouvoir instaurer un modèle de concertation avec les syndicats. En garantissant au patronat la paix sociale tout en défendant une politique libérale, Prodi est sans doute la meilleure garantie pour la réalisation des plans patronaux.

Avec Prodi, les droits démocratiques italiens pourraient sans doute mieux respirer. Et avec Berlusconi disparaît un allié fidèle du patronat américain et de ses guerres. Mais l’éventuelle entrée en scène de Prodi, représentant du patronat européen, pose de nombreux défis aux travailleurs et aux progressistes : construire une vraie alternative de gauche, pour éviter que le gouvernement Prodi ne mène la même politique pro-patronale que Berlusconi.

1 Parti issu de la scission en 1990 du Parti communiste italien en Démocratie de gauche d’une part et Rifondazione Comunista d’autre part ·
2 http://copy_bilderberg.tripod.com/bildhist.htm