Caricatures : Les barbares sont à nos portes (et ils nous apportent le couscous), par Viktor Dedaj.

Bonjour,

Vous aimez l’humour ? Oui ? Ca tombe bien, parce que j’aime bien rigoler, moi aussi. Et ce ne sont pas les raisons qui manquent, oh, ça non.

Tenez, par exemple, vous la connaissez celle-là ?

"Question : Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, où trouvait-on la plus forte concentration de Juifs ? Réponse : dans l’atmosphère."

Racontée par Woody Allen, voilà une histoire qui est l’exemple même d’une humour qui serait, comme on aime à le rappeler en fin de repas, "la politesse du désespoir". Vous riez peut-être, mais pas de bon coeur. L’histoire contient beaucoup d’humour mais n’est pas vraiment "drôle", n’est-ce pas ? Humez la subtilité. Sentez la nuance.

Maintenant, relisez cette même histoire. Changement de décor. Imaginez : un banquet du Front National. Jean-Marie le Pen annonce à la ronde "j’en connais une bien bonne. Pendant la deuxième guerre mondiale, vous savez où on trouvait la plus forte concentration de Juifs ? Non ?". Ils rient, bien sûr, mais ils rient de bon coeur (première indice). L’histoire a certes de l’humour, mais eux, en plus, ils la trouvent drôle (deuxième indice). Humez la subtilité. Sentez la nuance. Goûtez ce malaise.

On prête à l’humoriste disparu Pierre Desproges la phrase suivante, prononcée lors d’une émission de radio où il se trouvait face à Jean-Marie le Pen : "on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui". Ce qui est en partie vrai - en partie seulement. Dans l’exemple précédent, il serait plus exact de dire qu’on peut rire de tout, mais pas RACONTEE PAR n’importe qui.

Mais le malaise ne s’arrête pas là. Imaginez des protestations formulées par des rescapés des camps d’extermination. Défendrait-on, et avec la même vigueur, la "liberté d’expression" si l’histoire était racontée par Woody Allen ou par Jean-Marie le Pen ?

Plus compliqué encore : et si les dites protestations étaient formulées par une bonne grosse organisation sioniste - genre front bas et ligue de défense ? Se sentirait-on pousser des ailes pour se joindre à leurs protestations ? Epargnez-moi votre réponse, si elle n’est pas honnête.

En résumé, c’est toute une question de "crédibilité", de "priorités" et même de "légitimité", du côté de l’expression comme du côté de la protestation.

C’est comme lorsque George W. Bush prononce le mot "liberté" quarante fois dans un discours de vingt minutes. On se dit, "liberté, c’est bien, mais surtout pas venant de lui". Et soudain, l’idée de "défendre la liberté" aux côtés d’un G.W. Bush m’inspire un ennui profond. Question de crédibilité.

C’est comme lorsque Condoleezza Rice vient en visite en France. Pas de Tribunal Pénal International qui l’attend à la descente de l’avion, oh non, juste des politiciens plus respectables d’un protocole que d’un peuple assassiné. Question de priorité.

Permettez-moi un petit détour. Je me souviens de l’affaire des foulards à l’école. Et oui, rappelez-vous les cris, les débats, les questions posées à l’assemblée nationale, les lois proposées, débattues, votées. Renseignement pris, le phénomène n’aurait jamais dépassé le stade groupusculaire. Il semblerait qu’elles étaient "au maximum" 400 en France. En comparaison, les Renseignements généraux estiment que le nombre de militants et de sympathisants des mouvements néo-nazis se situe entre 2500 et 3500. Sans parler des Raëliens, des Témoins de Jehova, et autres fachos et tordus.

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