Bouteflika : « Pas de traité d’amitié sans le pardon officiel »

Bouteflika à l’adresse de la France à l’occasion du 8 mai 1945 « Pas de traité d’amitié sans le pardon officiel »

Placé sous le haut patronage du président de la République et organisé par l’université du 8 Mai 45 de Guelma avec le concours de la fondation du même nom, le séminaire international sur les massacres du 8 Mai 45, qui en est à sa 4e édition, s’est ouvert hier par la lecture du discours du président Bouteflika par Mohamed Cherif Abbas, ministre des Moudjahidine.

Un long et solennel discours qu’a eu à écouter l’assistance et qui remonte aux tout débuts de la colonisation française, démontrant que le peuple algérien est un peuple pacifique qui cherche toujours l’amitié avec les peuples dont le peuple français. En fait, « il n’y a pas de nuage dans le ciel Algérie France, mais il reste beaucoup à faire si nous tenons à la fidélité aux obligations d’aller ensemble vers l’avenir ». S’il est quelque peu apaisant, le discours revient toujours sur le fait que la France reconnaisse son aventure colonialiste, une aventure génocidaire. Oui, le mot génocide revient comme un leitmotiv. Comme pour répondre au tollé ayant eu lieu en France suite à sa déclaration de Constantine, le Président lancera ce soupir par la voix de M. Abbas : « Ah si des voix françaises se sont élevées contre les odeurs nauséabondes du passé ! » Le peuple algérien veut des excuses officielles pour qu’il y ait rupture avec le passé noir. « Au lieu de cela », il a droit à « un feuilleton d’hésitations ». Le décret du 23 février 2005, relevant les « bienfaits de la colonisation », est hué, l’abrogation de l’article 4 aussi. M. Abbas lira ceci : « Je souhaite que tous en France sachent que le peuple algérien n’a pas applaudi à cela, mais est toujours en colère. » Houari Boumediene sera cité, ou plus exactement ses propos : « La page d’histoire avec la France, on la tourne, mais on ne la déchire pas. » Puis autre chose de significatif : « Il est évident que depuis 1962, chacun est maître chez soi. » Puis carrément, l’amitié (et donc le traité d’amitié) est tributaire des excuses ou du pardon officiel, franc et spontané, que doit présenter la France au peuple algérien. Il dira aux Algériennes et aux Algériens qu’« après avoir payé un lourd tribut, nous ne voulons pas tomber dans le piège d’une amitié qui s’alimente de la chair de l’être humain ».Par ailleurs, questionnée à propos du génocide identitaire, maître Nicole Dreyfus, avocate du FLN lors de la guerre de Libération, dira : « Oui, lors des massacres du 8 mai 45, tous les ingrédients du génocide étaient réunis. » Pour Jacques Vergès, « je crois que le Président (Bouteflika) a parfaitement raison. Génocide identitaire, qu’est-ce que c’est ? Sinon que quelqu’un qui vient chez vous et qui nie votre langue, qui nie votre culture, pour qui votre religion devient superstition, pour qui votre culture devient folklore, pour qui votre langue devient patois, et qui apprend à vos enfants une langue étrangère et une histoire d’un pays étranger, qui donne à vos villes des noms qui n’ont aucune signification pour vous. Edgar Quinet, qu’est-ce que ça veut dire pour un Algérien ou Millesimo ou Saint-Arnaud, si Saint-Arnaud est un massacreur. Le génocide, c’est tuer les gens pour ce qu’ils sont ; à Guelma, on n’a pas tué des Algériens le fusil à la main, on a tué le paysan dans son champ, on a tué le boutiquier dans sa boutique. On les a tués, pourquoi ? Parce qu’ils étaient Algériens. »

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