Humidités

Elles sont comme cela. Elles ont des fleurs dans la bouche qui s’ouvrent et se referment au gré d’un rien.

Les lèvres humides se détachent parcimonieusement suivant le rire éclatant du vent, laissant entrevoir leurs petites dents nacrées, happeuses d’écorchures. Leurs pensées délabrées les épinglent en douceur dans un sommeil léger ou profond, tout dépend de la vitesse du train. Les distances sont longues quelquefois. Et souvent, elles s’offrent à mon regard. C’est pour cette raison que j’aime tant voyager. En réalité, je n’ai nulle part où aller, je me laisse porter par mes errances, billets froissés dans la poche pour accéder à d’autres rails inconnus ou apprivoiser le trajet en sens inverse. Tout dépend de mon humeur. J’ai toujours un mal fou à repérer celle qui pourra satisfaire mes lubies, le jardin des fleurs étant si vaste, si coloré, si prometteur !... Ca bouscule grave les neurones toutes ces bouches vernies, laquées, couleur chair à moitié déchirées ou offertes !... Quelquefois, elles se télescopent en pétales vénéneux faisant place à un énorme trou humide dans lequel je ne trouve plus ma place. Trop large. Lorsque je ressens cette sensation, je suis en rage. Des suées et des transpirations mouillent mon corps, collant inconfortablement mon pantalon à même la peau, tout en entravant ma marche. Je dois calmer mes nerfs entre deux wagons sinon je rate le plaisir sacré et c’est un voyage de foutu en l’air. Je n’aime pas gâcher ma semence.

Aujourd’hui, je choisis le dernier compartiment où une femme s’est étalée à son aise sur la banquette. Si elle ne fuit pas à mon arrivée, je comprends que ma présence ne lui fait pas peur. Alors je fais semblant d’être exténué et je monopolise la seconde banquette en m’allongeant en chien de fusil. Bientôt mes ronflements légers la bercent. Il paraît que lorsque je dors, je ressemble à un ange. J’ai de très longs cils et au travers je peux deviner le sourire maternel qui s’affiche sur son visage.

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