Le paradoxe du XV de France

« Pourquoi la France fait peur » titrait le « sérieux » Courrier international du 6 septembre. La formule était guerrière, heureusement, il ne s’agissait pas de la relance de nouveaux essais atomiques à Muruora ou dans le désert saharien. Non, il s’agissait de rugby.

Partout dans la presse hexagonale, on pouvait trouver des articles dans le même esprit favorisant une approche plus commerciale que sportive car permettant ainsi : d’augmenter la vente de la presse, de remplir les stades accueillant la coupe du monde de rugby, d’augmenter le taux d’écoute des chaînes de télévision ayant obtenu les droits de transmission (TF1 et Eurosports).

Le vendredi 7 septembre à 22 h 30, l’instant n’était plus aux élucubrations des pronostics sur la planète ovale mais aux pourquoi. Pourquoi la France ne faisait plus peur ?

C’est que 80 minutes de jeux avaient anéanti les pronostics commerciaux.

Le paradoxe, c’est que les pronostics commerciaux avaient torpillé le XV de France.

En effet, les joueurs français favoris avant le match avaient été mis dans l’obligation de gagner, d’exercer un devoir. Hors, en sports, il suffit de rendre les choses obligatoires pour dérégler les cerveaux et les jambes. Ca s’appelle le stress. Le stress permet de réfléchir aux enjeux et, c’est bien connu, en sport, l’enjeu tue le jeu. La présence du Président Sarkosy dans les tribunes venant à point pour rajouter du stress au stress.

Alors on a vu des joueurs français s’empêtrer d’un un rugby approximatif, voulant aller si vite vers la victoire qu’ils confondaient vitesse et précipitation. En face une bonne équipe Argentine (rappelons que celle-ci compte dans sa formation parmi les meilleurs joueurs du championnat de France) avec Augustin Pichot en maître d’œuvre bénéficiaient du « tout à gagner et du rien à perdre » avec la perspective d’une valorisation suscitant l’enthousiasme » qui donne un relâchement aux esprits qui permet d’exprimer les qualités au mieux des moyens.

Les argentins possèdent aussi le Zidane de l’ovalie : Juan Martin Hernandez.

Ce Juan Martin Hernandez surnommé "El Mago" (le magicien) on l’attendait dans son rôle habituel flamboyant et on le vit dans un rôle moins étincelant mais très pragmatique et efficace, tapant haut la balle pour faire reculer les français et les mettre sous pression, un jeu à faire pâlir d’envie le Président Sarkosy qui se trouvait dans les tribunes pour qui tous les moyens sont bons pourvu que l’efficacité (à son profit et à celles de ses amis) soit au bout.

L’équipe de France n’est pas encore éliminée des quarts de finale, mais si la pression commerciale est aussi forte contre les irlandais que contre les argentins, il y a de fortes chances de voir disparaître le Président Sarkosy des tribunes.

A propos du Président, si l’équipe à l’emblème du coq ne passait pas le 1er tour de la Coupe du monde, son ami Bernard Laporte pourrait être libéré plus rapidement que prévu pour s’occuper de son secrétariat d’Etat à la jeunesse et aux sports et surtout plus prosaïquement gérer a temps (presque) complet son restaurant – boîte de nuit et son casino.

En effet, outre ses emplois sportifs et politique, Bernard Laporte est aux commandes du casino de Saint-julien-en-Genevois depuis mars 2007 et a racheté la licence d’exploitation au casino Partouche. Ce casino se classe en 73ième position du classement national. A défaut de faire remonter le XV de France au classement rugbystique, il pourra toujours faire remonter le casino au classement du rapport capitalistique.

 
 
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