17 mars : j’ai rêvé.

Ce matin, 17 mars, je me réveille la tête lourde. Hier soir, je me suis couché assez tard passant de la télévision à l’ordinateur pour connaître le résultat des élections municipales et cantonales dans quelques grandes villes et départements.

Je regarde le réveil. Il est six heures, lorsque j’entends de grands bruits fais de tam-tam et de différentes musiques ; de cris et de chansons aussi.

J’ouvre ma fenêtre pour savoir ce qui se passe. En dessous, j’aperçois des personnes, des banderoles, des calicots sur lesquels on peut lire « Le pouvoir au peuple ». C’est alors que j’aperçois mon copain Jean-Jean. Je l’interpelle :
-  Que se passe t-il ?
-  Descends donc, plutôt que de me poser des questions, le peuple a enfin compris, la gauche est majoritaire, le gouvernement s’est enfui à Versailles.

Je m’habille en vitesse, descend quatre à quatre les escaliers, manque glisser et tomber, enfin j’arrive dans la rue. Jean-Jean et le gros Milou m’expliquent. C’est la révolution ou du moins ça y ressemble. Avec des amis et camarades, ils font du bruit de façon à regrouper le plus de personnes pour se rendre Place de la République, puis certainement à l’Elysée, à pieds, tout en manifestant. Par la suite j’apprends que la gauche est à la tête de 60 des 101 départements. Des villes comme Toulouse, Strasbourg, Saint Etienne et beaucoup d’autres comme Dieppe, Quimper, Roanne, Angoulême, Colombes… sont passées de droite à gauche. A Paris même, le maire Bertrand Delanoë renforce ses positions. L’ancien maire de droite, Jean Tibéri, dans le cinquième arrondissement est battu. Enfin et surtout, devant la déferlante rose et rouge, le gouvernement se serait réfugié à Versailles.

Dans les rues c’est un peu la pagaille. Une pagaille joyeuse. C’est à qui nous fournira le plus d’informations. Les oreilles sont collées aux téléphones portables. Un gouvernement de transition siège à l’Elysée. François Hollande et son ancienne épouse Ségolène Royale s’y trouveraient ainsi que Marie Georges Buffet, olivier Besancenot et Dominique Voynet.

Nos pas nous ont emmenés jusqu’à la Butte aux Cailles et Place de la Commune dans le 13ème arrondissement de Paris, lieu symbolique parmi d’autres, ou de nouveaux groupes nous rejoignent. Un groupe de femmes, chante : « Aux armes ! Allons à Versailles, pour mettre au bout de nos fusils, le petit Sarkozy et ses amis… »

Celles-ci ont vraisemblablement en mémoire les tergiversations des communards en 1871.

De nouvelles informations arrivent. Le gouvernement de transition aurait pris plusieurs initiatives :
- pas un salaire en dessous de 1500 euros net
- blocage de la hausse des loyers pendant 3 ans
- paiement sur 5 ans des arriérés des grandes entreprises aux caisses de la sécurité sociale
- arrêt des fermetures des hôpitaux publics et rénovation de ceux-ci.
- obligation d’apprendre l’histoire et la géographie dans les écoles dès le primaire.
- Pas un OGM autorisé sur le territoire français pendant dix ans (seules des études en laboratoires seront permises)
- retrait des troupes françaises engagées sur des territoires extérieurs.
- Une rupture avec l’Europe de Maastricht serait envisagée.

Cette dernière question semblerait faire problème. On croit savoir qu’Angéla Merckel a fait convoqué un conseil européen exceptionnel. Les 27 chefs d’Etat seraient convoqués à Bruxelles. Le Conseil de sécurité des nations unis devrait se réunir aussi, incessamment sous peu, me précise mon pote Jean loup, un vieux lutteur. Des bruits divers parcourent la foule qui ne cesse de croître. Sans trop savoir, on peut penser qu’un million de personnes se dirigent vers la République et bientôt vers l’Elysée siège de toutes les souffrances du peuple emmagasinées depuis plus de trente ans.

Des semeurs de doutes s’expriment aussi, en plus du Conseil de sécurité de l’ONU, l’OTAN aurait fait aussi une déclaration précisant qu’elle ne permettrait pas un changement aussi radical en France, qu’elle ne reconnaîtrait pas un gouvernement socialo communiste. Les chaînes de télévision, en boucle, s’en font le relais. Des slogans fusent : « Union européenne, ONU, OTAN, tous pourris ! », « Non à la dépendance, oui à l’indépendance, oui à l’union libre des peuples », « La télé est pour les riches, la télé ment ».

Un moment d’attention est demandé par un orateur qui demande des volontaires pour se rendre au siège de France télévision, Esplanade Henri de France, dans le 15ème arrondissement de Paris, pour demander au président des chaînes publiques que les informations ne portent pas que la voix des multinationales et des organismes dévoués à leurs intérêts.

Ce matin, 17 mars, je me réveille. Il est 7 heures. Je tremble de désir de réalité, puis je tremble…de déception. Je viens de rêver. Un peu abruti par mon rêve, je me dirige vers mon appareil à informations. J’apprends alors que 34, 5 % des électrices et des électeurs ne se sont pas déplacés aux urnes. Peut-être convaincus que d’élections en élections, c’était toujours pareil et que leur situation personnelle ne cessait pas de se détériorer ? Les semeurs d’illusions font toujours la une de l’actualité. Certains, à gauche, nous disent que le style présidentiel a été renvoyé dans les cordes(1) ou qu’il fallait corriger la politique (2), sans nous préciser dans quel sens. D’autres, à droite, nous disent que les réformes se poursuivraient . . . sans infléchissement (3).

Sacré appareil à informations ! Un véritable casseur de rêve.

Serge Portejoie

1) Pierre Laurent (l’Humanité)

2) François Hollande

3) François Fillon