Ingrid Betancourt et les otages des FARC libérés contre rançon ?

Alors que la sénatrice franco-colombienne Ingrid Betancourt arrive aujourd’hui en France, la version officielle de sa libération est sérieusement remise en cause. Selon la Radio Suisse Romande, qui cite "une source fiable proche des évènements" et affirme disposer de détails précis, cette opération de libération ne serait en réalité qu’un montage destiné à l’opinion publique.

Ingrid Betancourt et les quatorze autres ex-otages détenus par les FARC — trois agents américains du FBI, Marc Gonsalves, Thomas Howes et Keith Stansell opérant pour l’Agence anti-narcotiques (DEA), et onze militaires ou policiers colombiens — n’auraient pas été libérés à la suite d’une longue opération d’infiltration de la guérilla marxiste et d’une jolie action de commando de l’armée colombienne. Il y aurait simplement eu paiement de la rançon exigée par les FARC, à savoir 20 millions de dollars. Toujours selon la RSR, c’est l’un des deux gardiens des otages, Geraldo Aguilar, retourné par les colombiens à la suite de l’arrestation de son épouse, qui a servi d’intermédiaire et a permis d’ouvrir un canal de négociations avec les preneurs d’otages. Les très m’as-tu-vu services secrets américains et israéliens, présents en Colombie comme toujours et partout ailleurs dans le monde lorsqu’il y a des coups tordus, n’auraient pour leur part cette fois-ci contribué qu’à l’aide logistique de l’armée colombienne en fournissant du matériel d’interception des communications, des drones, des hélicoptères et en surveillant par satellite la région de Guaviare (sud du pays). Le paiement de la rançon expliquerait entre autres que l’opération de sauvetage héliporté se soit déroulée en à peine 20 minutes, sans coup de feu et sans aucune effusion de sang. Le fait qu’aucune vidéo n’a été diffusée, alors qu’en général ce type d’opération est toujours filmé par le commando et communiqué en cas de succès, tend également à renforcer les soupçons sur les conditions exactes d’une libération si "parfaite" d’Ingrid Betancourt.

Pour la sénatrice colombienne Piedad Cordoba, ancienne médiatrice entre la guérilla et le président Hugo Chavez, tout ceci "n’est pas un sauvetage. C’est une opération de remise d’otages pour laquelle une rançon a été versée", affirme-t-elle. Certains observateurs évoquent eux l’hypothèse selon laquelle la reddition des guérilleros chargés de la garde des otages aurait eu lieu en échange de leur immunité et d’un exil en France, promesse émise publiquement par Nicolas Sarkozy.

Pourquoi une telle mise en scène hyper-médiatisée ? Tout d’abord pour éviter de parler du paiement d’une rançon aux FARC en contrepartie de la libération des otages. Cela fait toujours mauvais effet d’avouer qu’il a fallu céder à un mouvement de guérilla considéré comme terroriste, même si c’est bien souvent le cas dans de tels dossiers. La libération en janvier dernier de six otages par le président vénézuélien Hugo Chavez n’a dailleurs déjà été possible que grâce au versement d’une rançon aux FARC. Ensuite parce qu’elle permet de redorer le blason du président colombien Alvaro Uribe, partisan de la ligne dure face aux FARC mais jugé jusqu’alors incapable de faire libérer les otages. Ce succès éclatant tombe à point nommé pour l’aider à renouveler son mandat d’"homme fort" à la tête du pays.

Pour le Quai d’Orsay, aucune rançon n’a été versée à la gérilla marxiste pour la libération d’Ingrid Betancourt. "N’ayant pas été associés à cette opération, nous n’avons pas été associés à ses modalités de financement, si tant est qu’il y ait eu des modalités de financement", affirme le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères.

La République des Lettres, vendredi 04 juillet 2008

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