Le PS et les Versaillais

N’importe quel français pouvait penser qu’après l’échec total des européennes le PS allait reprendre du rouge pour montrer qu’il n’est pas une sorte d’UMP-soft.

Contrepied magistral. Il met tout le monde dans le vent pour foncer dans le couloir droit de l’espace politique. Il ira à la grand-messe Versaillaise.

Cette réunion autour d’un discours de Nicolas Sarkozy ne participe pourtant pas d’une quelconque modification des institutions et n’a pas non plus vocation particulièrement performative, comme un discours de politique générale.

Tout le monde l’a compris, il s’agit pour le locataire de l’Elysée, fondamentalement, d’exacerber sa majesté, de faire rouler le feu de son discours dans les ors de Versailles.

La grandiose adresse sera suivie d’un papotage calibré entre députés de bonne compagnie. Papotage politique qui ne dépassera pas le dubitatif, ni l’horaire imparti. Sauf si certains s’engagent avec courage dans l’exercice laudatif, naturellement.

On le voit, le PS à toutes les raisons de se rendre à Versailles. Il apparaît urgentissime pour lui de remettre les pieds dans la demeure ancestrale des rois, pour ouïr avec silence et compoction LA parole.

Ce rendez-vous, on l’imagine, va nécessairement apparaître comme une démonstration de force silencieuse pour quelques millions d’hommes et femmes de gauche qui avaient quelques tendances et quelques raisons d’être sceptiques sur la réelle détermination du PS à combattre le dépecage ultra-libéral en cours.

Et sa non-participation à tea-time suivant l’ode ne pourra être ressentie que comme une radicale critique au souverain de la droite.

Sauf si un certain nombre de citoyens, encore dépourvus des noires lunettes de vacances, réalisent que le PS se rend à Versailles seulement et définitivement pour écouter en silence un propos qui exaltera les valeurs les plus éloignées de celles qu’il est censé défendre.

Ce, sans participer même à la discussion d’après-discours qui aurait pu, avec un peu d’audace, lui permettre de faire surgir une critique, a minima.

Le PS appelle ça "respect des institutions". Je crois qu’on là, en effet, dans le respect des institutions Versaillaises.