C’est quand qu’on remanie les valets ?

Le remaniement gouvernemental en cours suscite une excitation incroyable dans la ménagerie audio et visuelle.

Télés et radios se précipitent sur le moindre nom porteur d’espérance.

Les plus obscurs, les plus improbables, les inévitables et les incongrus sont convoqués et rebondissent d’une chaîne à l’autre, en d’infinis échos.

On les imagine, les valets appariteurs du pouvoir, plantés des heures devant l’Elysée, harcelant tel ministre, tel secrétaire, telle ombre de la domination, pour nourrir leur fringale, à grands renforts de mines grâves, de compoctions courbées et de tremblants questionnements.

Pourtant, il ne vient jamais au vivant de leurs egos serviles l’idée de questionner le fond politique de ce remaniement, de s’interroger sur l’intérêt réel d’une redistribution de joueurs et de cartes, quand un seul contrôle le jeu.

Jamais il ne se demandent s’il y aura-t-il quelques incidences positives, enfin, sur une action gouvernementale proche, aujourd’hui, d’une course effrénée vers la gloriole... Jamais ils ne se demandent si les gogos payant le spectacle verront, à l’issue de ce changement, un remboursement a minima des litres de sueur qu’ils dispensent aux stars cruelles de la piste politique, pour nourrir encore et toujours cette course carriériste qui distance la démocratie.

Les valets étiquetés "public" et "privé", préfèrent s’échanger micros et images pour ne pas sortir de cet exercice de nomination, comme si la renommée, bonne ou mauvaise, suffisait à désigner le fond citoyen de l’affaire. Comme s’il suffisait, somme toute, de marquer, "Vu à la porte de l’Elysée" sur tel ou tel lupus politicus, pour décrypter le réel.

Il fut un espoir qui s’appela presse, au sortir de la guerre. Il y eut quelques esprits meurtris, lucides et résolus pour désigner les valets du moment, pour décider d’en finir avec un contre-pouvoir allant contre les intérêts vitaux d’un peuple.

Bel et bien oubliée cette nomination d’alors qui ne portait pas sur les participants d’une énième course à l’échalote vouée à nous épuiser, mais la désignation d’acteurs de presse capables de demeurer vigilants devant la démocratie et ses dérives toujours possibles.

Demain, sans doute, nos valets se poseront sur quelques fauteuils autorisés, pour nous annoncer la fin de la course et tirer les leçons.

Serons-nous enfin sortis de la course, de la course aux noms, de la course au pouvoir des noms ?

Qui peut en douter ? Sur les remous réels, les turbulences profondes ou les récurrences secrètes qui nous importent, ils poseront les mots attendus. "Démocratie", "politique", "social", "constitutionnel", "citoyenneté", et tant d’autres. Ils les entoureront, ces mots qui signent notre histoire, d’une logorrhée explicative, naturellement.

Logghorée qu’ils s’empresseront de nous faire servir à grandes louches, par les noms vainqueurs de la course.