Adieu, camarade

Daniel Bensaïd est mort.

Un homme intelligent, fidèle à ses convictions, à sa ligne politique qui faisait de lui un compagnon du NPA, sans qu’il reconnaisse ou donne l’impression d’être dans un tunnel obscurcissant le monde, ses contradictions, ses faiblesses et ses surprises.

Un homme qui reconnaissait que son engagement venait de sa position sociale, de sa culture, donc, avant d’être mis en cohérence et en mouvement par son esprit.

Un homme dont les apparitions médiatiques, si elle furent plus effectives dans ses dernières années, n’encombrèrent jamais l’écran, ni ne virèrent à la posture ou au boniment.

Un homme qui fit un métier au service de la population, l’enseignement, un métier dont il supporta qu’il soit peu rémunéré, dénigré par ceux qui sont censés le défendre, sabordé par ceux dont il reproduit la progéniture, sans chercher un réseau ou un plat de lentilles pour accéder à une sinécure.

Un homme qui ne flirta jamais avec l’ISF, à ma connaissance.

Un homme qui, à ce que j’en sais aussi, ne parla ni ne songea à une carrière comme aboutissement de l’action politique et ne confondit pas son engagement avec un marchepied vers la gloriole ou la fortune.

Un homme qui identifia toujours les camarades comme les ennemis, sans se tromper et sans nous tromper.

Un homme qui ne renia jamais l’analyse insurpassée qu’est le marxisme du désastre structurel nommé capitalisme, et qui ne fit pas de la lutte des classes une expression poussiéreuse ou honteuse.

Un homme qui ne cultiva pas la vanité par les pirouettes rhétoriques que lui permettaient sa culture et ses capacités intellectuelles

Un homme qui ne profita pas de sa notoriété croissante pour faire des effets de manche ou lâcher les propos conformes, dans le but de se retrouver du côté du manche.

Un homme de gauche. Un vrai.