On n’entend plus Rama

Par Claude Ribbe

Je me souviens que Rama Yade avait écrit un livre intitulé Noirs de France. Je ne sais plus trop si elle y dénonçait ou non le racisme, où si elle y prônait la discrimination positive, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle en a bien profité.

En tout cas, j’aurais bien aimé avoir son opinion sur l’affaire Soumaré. Rama qui parlait tout le temps, on ne l’entend plus du tout.

On a entendu Fadela ; on a entendu Rachida. Toutes deux disaient que ce n’était pas bien de lyncher Soumaré. Mais Rama, motus. Ce serait pourtant le moment de savoir ce qu’elle pense de ses colistiers qui se débondent et vomissent sur le « socialiste noir » selon la jolie expression d’Alexis Brézet, le journaliste décomplexé du Figaro, le disciple de Finkielkraut. Car il faut se rappeler, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, que Rama est sur la liste Pécresse.

L’opinion de Rama aurait été d’autant plus intéressante qu’elle a elle-même refusé avec éclat qu’on la présente dans le département du Val d’Oise, là où Soumaré est tête de liste, et où il y a pourtant beaucoup de « noirs de France » pour figurer sur celle, beaucoup plus chic, des Hauts de Seine, où il y a beaucoup moins de « noirs de France ».

J’aurais aimé savoir aussi comment elle a perçu l’arrivée dans son camp et sur sa liste de Patrick Karam, l’homme qui crachait sur elle et qui fait des procès aux « noirs » avec l’argent de l’État. L’homme à qui elle reprochait de ne pas aimer les Africains et qui maintenant est présenté par Pécresse comme le porte-parole de la « diversité » alors qu’il est à la diversité ce que Depardieu est à Dumas.

On aurait bien aimé savoir aussi, elle qui aime tant les « noirs de France », ce qu’elle a fait pour eux depuis qu’elle est au gouvernement, c’est-à-dire depuis bientôt trois ans. Vous me direz qu’elle est devenue populaire et que ça, c’est un service rendu aux « noirs ». C’est vrai. Merci, Rama Yade, d’être devenue populaire et d’avoir ainsi fait avancer la cause des « noirs de France » ! Là je comprends.

Pour arriver au gouvernement et se faire connaître, il faut se présenter comme représentative des « noirs ». Pour continuer à être populaire, et surtout continuer à faire partie du gouvernement, quand on est « noir », il ne faut pas parler des « noirs » et toujours regarder au plafond quand des gens de votre parti sont occupés à casser du nègre.