La lutte contre le racisme, c’est le devoir de l’Etat !

Le 23 avril 2004
Communiqué de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

Les autorités françaises viennent de prendre des décisions qui, à notre sens, pourraient inciter à la discrimination antisémite et fabriquer des replis communautaristes.

Le 18 mars 2004, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a présidé une réunion à Matignon du Comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Bien que la réunion ait affiché ce double objectif, tous les débats et toutes les décisions n’ont traité que de l’antisémitisme, rien sur d’autres formes du racisme. Ce qui contribue à installer la suspicion d’un traitement particulier réservé aux Juifs, à les dissocier du collectif national et à les désigner …aux antisémites.

De plus, en chargeant le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) de surveiller lui-même les propos antisémites sur Internet, il vient de décider que l’antisémitisme est l’affaire des Juifs, et non celle de la République et de l’Etat. Il fait donc de cet organisme qui s’est distingué par sa partialité, son agressivité anti-palestinienne et anti-arabe, et son assimilation systématique de toute critique de la politique israélienne à de l’antisémitisme, l’arbitre de l’antisémitisme dans ce pays. Cette délégation des pouvoirs de l’Etat, seul garant de la loi républicaine, à une communauté particulière est scandaleuse en soi. On pourrait imaginer aussi de « décentraliser » vers les régions, la laïcité ou le respect des droits humains !

Mais elle est en outre pernicieuse puisqu’en la matière la confusion des termes a été installée par les soins du CRIF. Qui a parlé à propos des partis comme les Verts, le PCF et la LCR d’une « alliance vert-brun-rouge » parce qu’ils expriment leur solidarité avec les droits du peuple palestinien ? Le président du CRIF. Qui s’est félicité du score de Le Pen en avril 2002 parce qu’il ferait « tenir tranquille les Arabes » ? Le président du CRIF. Qui mélange sionisme et judaïsme en appelant à une manifestation de soutien à Sharon, puis à une manifestation contre un attentat en Israël devant la Délégation générale de la Palestine à Paris ? Le CRIF.

C’est ce même organisme qui a revendiqué des actions d’obstruction contre des réunions publiques à Nice, à Toulouse et ailleurs où devait prendre la parole Mme Leïla Shahid, Déléguée générale de la Palestine, une diplomate en poste à Paris accréditée par l’Etat. Ainsi, le CRIF essaie d’embrigader d’autorité tous les Juifs de France dans une attitude communautariste, anti-palestinienne et anti-arabe. De belles lettres de créances pour la lutte contre le racisme ! Qui plus est, le CRIF est même lié à des groupuscules d’extrême droite : le Bétar et la Ligue de défense juive (interdite en Israël) qui lui servent à l’occasion de service d’ordre et qu’il n’a jamais désavoués dans leurs exactions les plus violentes.

La liste est longue qui disqualifie le CRIF. D’ailleurs, depuis que l’Etat lui a octroyé son nouveau rôle, le premier acte du CRIF contre « l’antisémitisme » est d’attaquer le MRAP, à qui il ne pardonne pas son soutien à la cause palestinienne. L’acharnement contre le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples n’est qu’une indication de ce que promet d’être la ligne du CRIF dans sa nouvelle mission : la lutte contre l’antisionisme et/ou contre toute action condamnant la politique israélienne d’occupation.

Quant à l’islamophobie et au racisme anti-arabe, l’Etat n’a apparemment pas encore décidé qu’ils méritaient d’être traités. Ni par lui, ni par la communauté arabe elle-même. Une telle discrimination semble tellement perverse que l’on peut douter des intentions de ceux qui l’ont impulsé.

Seul le respect de tous les citoyens peut garantir la paix dans un pays comme la France, et cela passe par le respect des lois par tous et des sanctions pour tous les contrevenants. La paix sociale passe par l’égalité des droits tout simplement et l’Etat en est seul le garant.