M. LE MAUDIT ou le lynchage ordinaire

En bas de chez moi, il y a un marchand de journaux qui est aussi devant la porte une agora Le Peniste pour les petits commerçants du quartier.

Hier le thème était l’agression des "jeunes" dans le RER. La question de l’antisémitisme, si présente dans le monde politique et médiatique, était complétement évacuée, le fond étant : "avec ces immigrés, ces voyous on n’est plus tranquille chez nous !"

Aujourd’hui nouveau discours, nouveau bouc émissaire : la "victime" de hier est une "menteuse", le parallélisme est alors fait avec le procès d"’Outreau" et Myriam Badaouï... Et ça repart de plus belle sur la pédophilie, le fait qu’il faudrait tous les exécuter au lieu de les mettre dans des prisons quatre étoiles...

Faute d’un parti politique capable de porter une parole "politique", nous sommes dans l’univers étouffant du corbeau villageois, des certitudes morales, des consensus nauséabonds type M le Maudit... M... Comme Mohamed....

De la souffrance des victimes, et de ceux que l’on stigmatise aussi aisément, à grand coup de reportages sensationnels, voire de discours "sociologiques" creux sur les banlieues, de la grande manipulation médiatique, d’un personnel politique complétement intégré à cette manipulation, et du rôle joué par "la rumeur" dont ces "braves gens" se font les complices actifs, ils ne sera jamais question.

C’est une "menteuse" disent-ils comme la famille de l’hystérique dit d’elle... Oui mais l’hystérie est la grande simulatrice, elle dit son mal dans les termes où elle espère être entendue. Je suis une victime dit-elle, et, comme les médias disent que les juifs sont victimes elle traduit : j’ai été prise pour une "juive". En d’autres temps la figure du mal était le juif au nez crochu et comme aujourd’hui c’est le jeune "islamiste" des banlieues, c’est une bande de noirs et de maghrébins qui l’agresse en un collectif criminel dans le silence général complice. Même s’il y avait simulation, il y aurait une intolérable souffrance qui cherche les mots pour se dire...

Que l’enquête ait à peine commencé et que rien ne soit sûr, ni que la jeune femme ait été agressée ou qu’elle ne l’ait pas été, tout le monde s’en moque : on assiste au même basculement rapide de l’opinion, le lyncheur de jeunes "Arabes" de hier est devenu celui de la menteuse, de "la folle", sans que les premier soient réhabilités... Hier le Monde offrait une analyse "précise" des faits incriminés, aujourd’hui l’Huma (hélas !) donne la parole à un "sociologue" qui débite sa salade sur l’horreur des banlieues... Mais la palme revient à Libération où Pierre Marcelle non seulement en rajoute dans la dénonciation des ... antiracistes qui doivent se réjouir de la bévue de la classe politique et de la presse, mais déclare que "l’on ne sait trop s’il conviendrait de s’en réjouir ou de s’en désepérer en cas d’affabulation de ce que six brutes imbéciles et fascistoïdes en moins sur les rails périphériques"... Il est vrai que hier ce même journal avait déjà décompté au titre des "actes antisémites", une accusation de harcélément dont les tribunaux avaient déjà dit que c’était le plaignant qui était l’auteur... On finirait par croire que cela arrange certains...

Dans tous les cas, la pente naturelle est la stigmatisation des victimes, il s’agit d’évacuer la responsabilité politique au profit d’une entente entre gansters et forces de "l’ordre" politiques et médiatiques. Sans que soit posée la vraie question : qui a intérêt à diviser les victimes pour régner ? Et pendant ce temps-là l’humanité, qui ne dit pas que les âneries des autres, consacre un dossier à la répression syndicale qui partout se développe... M. Le Maudit, vous-dis-je...

Judith