Serres, points de vue sur le monde

les Etats-Unis : " Belle nature, laide culture ".

la Russie : " Laide nature, belle culture ".

l’Europe : " Belle nature, belle culture ".

le Sud : " Le tiers monde est promis à la mort : mort de faim, mort de maladie, mort de très peu d’espérance de vie (...) Le plus grand problème de la philosophie, et donc le plus grand problème de notre temps, c’est celui de la misère. Dans le cri d’horreur du tiers monde, j’entends quelque chose de beaucoup plus humain que notre post-modernité, qui me paraît souvent très dérisoire ".

le Nord : " Nous n’avons pas encore digéré la société de consommation. Nous ne sommes pas rendu compte de l’enchantement dans lequel nous sommes. Car nous sommes enchantés au sens de Merlin : nous sommes pris dans le gel, dans la drogue où la civilisation nous a placés ".

les rapports Nord/Sud : " Pour simplifier, il y a sur la planète les misérables et les drogués ".

le libéralisme, la croissance et la compétition socio-économiques : "Quel pays peut parier aujourd’hui qu’il ne sera pas sous-développé dans vingt ans ? Quel homme peut parier qu’il ne sera pas chômeur demain ? La concurrence à tout prix, c’est ce qui nous rapproche le plus des animaux. (...) Elle s’apparente trop souvent au darwinisme social. C’est-à-dire à l’application de la théorie de Darwin aux humains. Or, le malheur des bêtes est d’avoir été darwiniennes ".

la modernité occidentale : " très avancée du point de vue rationnel et si archaïsante du point de vue des conduites générales ".

l’information : " nous sommes aujourd’hui dans l’espace des signes, des réseaux, de la communication. Tous les grands affrontements, les grandes appropriations de vérité se situent désormais sur ce terrain, davantage qu’au niveau des faits. (...) Du moment que les médias créent un nouveau réel, on a l’impression que le réel vrai fout le camp. En d’autres termes, mes contemporains ne prennent plus le parapluie le matin en regardant le ciel, mais la télévision. Donc le ciel est dans la télé ".

le savoir et l’éducation : " L’ancien schéma de vie supposait l’arrêt de la formation à douze, seize ou trente ans. Il est obsolète. On le remplacera par la formation continue, de la naissance jusqu’à la mort, avec beaucoup d’occupations professionnelles. Cela suppose une transformation totale de la pédagogie, de l’éducation ".

l’usage du français : " Actuellement, les savants, les publicistes, les journalistes parlent anglais. On voit sur les murs de Paris beaucoup plus de mots anglais qu’on ne voyaient de mots allemands pendant l’occupation. Tous les gens qui ont une quelconque responsabilité, dans mon pays, ne parlent plus ma langue. Par conséquent, j’appelle le français " la langue des pauvres ". Et je la soigne comme je soigne en général les idées que j’ai sur les pauvres ".

la philosophie : " Si la philosophie vaut une heure de peine, il faut qu’elle soit pour tout le monde. Sinon, elle devient instrument de pouvoir ".

le pouvoir : " Quand une chose est du côté du pouvoir, elle est mal partie ".

Extraits d’un entretien paru dans Le Nouveau Quotidien, Lausanne, 1er novembre 1992.

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