D’Auschwitz au conseil de discipline

Société

D’Auschwitz au conseil de discipline

Deux élèves, exclus du lycée pour s’être mal tenus lors de la visite du camp, en appel hier.

Par Marie-Joëlle GROS mercredi 19 janvier 2005

Les exclusions prononcées à l’encontre de deux élèves du lycée Jean-Jaurès de Montreuil (Seine-Saint-Denis), pour avoir eu des comportements déplacés lors d’un voyage de classe à Auschwitz, créent des remous. Hier, les deux garçons sont passés en commission d’appel au rectorat de Créteil. Le recteur n’a pas rendu de décision immédiate. Il souhaite se réserver un temps de réflexion avant de confirmer ­ ou modifier ­ ces sanctions. Même s’il est de coutume de ne pas déjuger les instances disciplinaires. Mais beaucoup s’interrogent sur ces exclusions et « l’absence de dimension pédagogique ». L’équipe éducative était divisée sur la nature des sanctions à prendre. Tout comme les parents d’élèves.

Volontaires. Le 24 novembre, 160 élèves de huit lycées étaient en visite à Auschwitz, à l’invitation du conseil régional d’Ile-de-France et du Mémorial de la Shoah. Seize élèves du lycée Jean-Jaurès, volontaires, y participaient. Sur place, munis d’appareils jetables, quelques-uns se sont pris en photo, ricanant parfois devant des boîtes de Zyklon B, ou entamant une bataille de boules de neige. L’un d’eux aurait dit : « Ils ont bien fait de les brûler. » De retour au lycée, les deux enseignants accompagnateurs réclament des sanctions. A l’issue de conseils de discipline, les 9 et 10 décembre, deux élèves de première S sont exclus du lycée : l’un définitivement, l’autre pour une durée de quinze jours. Motif : « approbation du génocide ».

Choqués de la tournure prise par les événements, les parents d’élèves FCPE du lycée ont écrit au recteur. Ils dénoncent « l’absence de sérénité » qui a conduit à ces exclusions et jugent que la préparation des élèves à ce voyage était insuffisante. « Il est évident que ces gamins ne sont pas antisémites, soutient un père, mais plutôt ignares sur un certain nombre de notions. » En classe de première, le programme d’histoire n’aborde le nazisme qu’en fin d’année scolaire. Les élèves participant au voyage n’auraient été conviés qu’à deux réunions préparatoires, et juste invités à lire Primo Levi. D’autres soulignent que les sorties pédagogiques hors de l’école « sont toujours vécues par quelques-uns comme une grande récré ». Mais, note un proche du dossier, « faire le con avec un passé douloureux n’est pas l’apanage d’un gamin de banlieue. Le prince Harry en a fait récemment la démonstration en se présentant en costume nazi à l’occasion d’une soirée ». « Ce que nous, adultes, prenons comme une évidence ne l’est manifestement pas pour des jeunes. C’est là-dessus qu’il faut réfléchir », explique un enseignant.

Voyages. La commission éducation de la Licra s’interroge sur l’aspect parfois « contre-productif » de ces voyages. « Au nom d’un devoir de mémoire, devenu parfois incantatoire, des élèves de plus en plus jeunes et mal préparés sont conduits sur ces lieux qui exigent de chacun une phase importante de préparation tant intellectuelle que psychologique. » Et la Licra rappelle qu’« à plusieurs reprises, des faits de même nature [leur] ont été signalés ».

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