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Lettre ouverte à Monsieur KOFI ANNAN, Secrétaire Général de l’ONU, au sujet de sa gestion hasardeuse de la crise ivoirienne.
samedi 1er juillet 2006 par Georges Torcheveau
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Monsieur le Secrétaire Général,
Dans votre huitième rapport soumis au Conseil de Sécurité, en Avril 2006, pour l’informer de l’évolution de la situation en Côte d’Ivoire, ainsi que de l’exécution du mandat de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire et des Accords de Linas Marcoussis et de Pretoria, vous avez déclaré ce qui suit :
« Il convient de souligner qu’il y a une chance à saisir, mais elle est très faible et le temps presse. Si le processus de paix devait connaître des retards ou des perturbations à l’avenir, il n’y aura pas suffisamment de temps pour entreprendre toutes les tâches essentielles nécessaires pour organiser les élections d’ici à Octobre. Il importe par conséquent que le Conseil indique clairement aux parties que si les délais prévus pour organiser les élections ne sont pas tenus, la Communauté internationale ne sera pas en mesure d’accepter encore une fois de prolonger les arrangements actuels pour la conduite des affaires publiques. »
Ainsi donc, le sort du peuple ivoirien ne tiendrait qu’à une chance très faible. Pour quelle raison ? Parce que le processus de paix connaîtrait des retards ou des perturbations. Qui en est la cause ? Là-dessus vous restez énigmatique. Vous accusez les parties. Lesquelles ? Motus bouche cousue.
C’est une comédie qui illustre bien ce que le Général de Gaulle, qui avait le sens des propos, disait de l’ONU, dont vous êtes aujourd’hui le premier responsable, qu’elle n’est qu’un « machin ». Ce mot n’a certainement pas de correspondant en Anglais. Mais le Général voulait dire que l’ONU est une chose qu’on ne peut pas nommer mais qui peut servir à n’importe quel usage.
L’Organisation que vous incarnez, avec vous-même à titre personnel, est aujourd’hui entrain d’illustrer de fort belle manière ce « machin », cet instrument multifonctions actuellement au service de la France et de ses Etats satellites pour renforcer sa mainmise sur l’Afrique. Comme quoi, si les négriers ont jadis prospéré, ils ont eu besoin de leurs roitelets nègres. Certains des obligés de la France en Afrique et vous-même, jouez aujourd’hui ce rôle, jadis dévolu aux roitelets nègres, au service de l’impérialisme français.
Nous ne perdons pas de vue l’exercice de français auquel vous vous êtes livré en 1996 au moment de votre élection à la tête de ce « machin » parce que la France opposait son veto à votre choix, vous le Ghanéen, et par conséquent l’anglophone, pour remplacer BOUTROS BOUTROS GHALI qui, bien qu’Egyptien, est parfaitement francophone. Vous avez dû montrer à la France que vous parliez le français même si c’est avec un accent anglais. La France a alors dû mettre fin à son soutien à BOUTROS BOUTROS GHALI à qui elle a confié la gestion de l’Organisation Internationale de la Francophonie, pour vous permettre d’être, à la tête de cette Organisation universelle, le premier Noir africain. Votre promotion a certes honoré les Africains que nous sommes, mais votre prestation servile, voire moutonnière, crée en tout digne fils de l’Afrique, un cas de conscience parce qu’un authentique fils de l’Afrique sert de caution à l’impérialisme pour écraser les Africains et pour cause.
- En 1994, au moment du génocide rwandais, vous étiez le responsable, aux Nations Unies, des Opérations de Maintien de la Paix et cela n’a pas empêché le pogrome rwandais de se perpétrer parce que les soldats des Nations Unies qui étaient censés maintenir la paix ont plié bagages au moment crucial où le peuple rwandais avait le plus besoin d’eux pour maintenir cette paix.
- Depuis que vous êtes Secrétaire Général des Nations Unies, c’est un chapelet de tribulations qui s’abat sur le continent au lieu où les Africains auraient eu des raisons d’espérer le desserrement de l’étau de l’oppression coloniale dont ils étaient en droit de voir la fin maintenant qu’en Afrique Australe, le régime de l’Apartheid venait d’être vaincu. Mais que non !
- Ce sont des bouleversements à n’en plus finir en Afrique Centrale, attisés par les appétits impérialistes avec la caution du « Grand Machin » que vous dirigez ; que ce soit en RDC, en RCA, au Tchad ou au Burundi. Dans ce dernier pays les commanditaires ont, dans le cadre de l’Accord d’Arusha du 28 août 2000, dont la signature fut présentée comme la condition sine qua non du cessez-le-feu, mis en place un processus de paix aussi alambiqué qu’inopérant.
A ce jour, le Burundi n’a pas encore retrouvé la paix recherchée, bien que disposant d’un G7, pour faire bien comme le G7 devenu aujourd’hui G8 des Grandes puissances industrialisées de la planète, et d’un état major intégré qui n’a intégré que l’indiscipline, le non-respect de la hiérarchie, la désobéissance et l’insoumission caractérisées. Le résultat en est que des régions entières ont été prises en otage par les rebelles pour le malheur des huit millions de Burundais. Et la Communauté dite internationale n’en a cure.
C’est ce scénario que les Nations Unies et la France veulent mettre en place en Côte d’Ivoire avec votre complicité active puisque vous pressez le Conseil de Sécurité « d’indiquer clairement aux parties que si les délais prévus pour organiser les élections ne sont pas tenus, la Communauté internationale ne sera pas en mesure d’accepter encore une fois de prolonger les arrangements actuels pour la conduite des affaires publiques ». C’est à croire que vous allez très bientôt jeter aux orties la Constitution que les Ivoiriens se sont donnée le 1er août 2000 par referendum, pour nommer à la tête de la Côte d’Ivoire un Chef d’Etat de votre choix. Cette approche pour une sortie de la crise ivoirienne est d’une extrême gravité parce qu’elle risque d’avoir des conséquences incalculables.
Le Rapport QUILES
Monsieur le Secrétaire Général, à la suite de la tragédie rwandaise, les représentants du peuple français à l’Assemblée Nationale ont, le 3 mars 1998, créé une mission d’information, composée de membres de la Commission de la défense nationale et des forces armées et de la Commission des affaires étrangères, et ayant pour objet les opérations militaires menées par la France, d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994. Cette mission qui fut présidée par Monsieur Paul QUILES, ancien Ministre, a produit son rapport le 15 décembre 1998.
Ce rapport, par sa consistance, est riche d’enseignements que vous ne devriez pas ignorer parce que vous fûtes, pendant cette période, le responsable, à l’ONU, des opérations du maintien de la paix et surtout parce que votre discours a suscité le commentaire suivant, à la page 378 du rapport et nous lisons : « Dans son discours devant l’Assemblée Nationale le 8 décembre 1998, Monsieur Kofi Annan a déclaré que les Nations Unies doivent s’efforcer « d’être une sorte de conscience du monde ». Cet objectif est noble, mais demande au préalable que cette conscience soit elle-même irréprochable. » Fin de citation.
En effet, ce rapport a mis en évidence, s’agissant de la Communauté internationale deux choses : ses carences et ses erreurs.
1/ En ce qui concerne les carences, la mission en a relevé trois :
- la première carence tient au fait que la Communauté internationale est incapable de mettre en application une diplomatie préventive efficace. A quoi cela sert-il d’organiser le partage du pouvoir entre les différentes factions si l’on est incapable, par une politique judicieuse, et d’inciter l’ensemble des forces politiques en présence à le respecter et à l’appliquer ? Dans le cas de la Côte d’Ivoire, les médiateurs sud-africains, en la personne de Mosiuoa Lekota, ministre de la Défense, ou Aziz Pahad, vice-ministre des Affaires étrangères, ont depuis le 31 août 2005 présenté leurs conclusions devant le Conseil de Sécurité des Nations unies. Au terme leurs analyses, ils pointent un doigt accusateur sur les rebelles comme facteur principal de blocage. La Communauté internationale n’a pas été capable de sanctionner les vrais responsables de la situation actuelle que sont les rebelles parce que protégés qu’ils sont par la France.
- La deuxième carence concerne les moyens parce qu’elle explique selon le rapport, que la MINUAR, au lieu d’être le garant et le soutien des accords d’Arusha, en est devenue le greffier de leur non application. Cette attitude a donné de la MINUAR dans le cas du Rwanda comme elle fait de l’ONUCI en Côte d’Ivoire, l’image d’un spectateur au lieu de celle d’un acteur résolu à promouvoir et faire respecter les solutions que chaque partie s’était engagée à respecter.
- La troisième carence concerne l’incapacité de la Communauté internationale à asseoir sa crédibilité parce qu’elle ne fait pas montre d’une conscience irréprochable comme le relève le rapport. Ce que ne peut malheureusement pas démentir son attitude en Côte d’Ivoire.
2/ La deuxième chose mise évidence par le rapport, ce sont ses erreurs qu’il a énumérées en cinq points :
- La première erreur est une erreur d’analyse, qui a été maintenue jusqu’au génocide, parce que la situation au Rwanda fut considérée comme une simple guerre civile et le rôle principal de l’ONU conçu comme un rôle de médiation entre les parties. Aussi, voit-on dans la présence d’un contingent belge dans la MINUAR, la Belgique étant très impliquée au Rwanda, comme une contradiction avec les règles traditionnelles de l’ONU qui veut qu’un pays impliqué dans une zone, ne participe pas aux opérations de maintien de la paix qui s’y déroulent. Ce qui a contribué à susciter une méfiance grandissante à l’égard de la force internationale. De même, en Côte d’Ivoire, la présence de la Licorne aux côtés de l’ONUCI comme une force impartiale, est loin de lever le climat de suspicion qui pèse sur les forces dites impartiales quand on sait que la France est plus qu’impliquée en Côte d’Ivoire et que cette présence de son contingent est en contradiction flagrante avec les règles de l’Organisation que vous dirigez. Pis encore, la France foule aux pieds la bienséance jusqu’à s’adjuger le droit et le monopole de l’initiative de toutes les résolutions de la crise ivoirienne et du contrôle partial, sélectif et partiel de leur application.
- La deuxième erreur réside dans la conception de l’opération de maintien de la paix. Si dans le cas du Rwanda, la difficulté avait été de mobiliser des troupes, en Côte d’Ivoire, c’est que cette opération qu’on croyait être venue pour régler un problème, cherche maintenant à s’installer dans la durée, puisque les soldats de l’ONU deviennent des propriétaires fonciers et se marient et que les installations de l’ONUCI se renforcent avec des contreforts équipés de miradors et de tout un arsenal d’équipements qui n’augurent pas une fin prochaine. Ce qui ne manquera pas d’irriter les patriotes ivoiriens jaloux de la souveraineté de leur pays.
- La troisième erreur identifiée par le rapport, est une erreur de réaction à l’évolution de la situation qui a fait dire, de façon particulièrement sévère, au groupe des Nations Unies chargé de tirer des enseignements de la MINUAR, que « depuis sa création jusqu’à son retrait, la MINUAR a toujours semblé en retard sur les réalités de la situation au Rwanda. » Douze ans après, cette attitude n’a guère évolué puisque dans le cas de la Côte d’Ivoire, le recours au chapitre VII de la Charte qui autorise l’usage de la force aurait pu être envisagé dès le début ne serait-ce que pour permettre le retour à des conditions de sécurité à l’effet d’instaurer un dialogue serein et constructif. Mais après la première erreur, comment l’auriez-vous fait quand on sait que c’est la France qui couvre la rébellion ? C’est sous le regard passif et complice des forces dites impartiales qu’ont pu se perpétrer les massacres des civils dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Et votre représentant déclare qu’ils ne sont pas ici pour faire la guerre mais pour faire la paix alors qu’ils font le lit de la rébellion, en l’adulant.
- La quatrième erreur concerne la gestion de l’information à l’égard de la population rwandaise sur les objectifs de la présence onusienne et sa coupable tolérance dont elle a fait preuve en ce qui concerne la diffusion de messages de haine et d’appel au meurtre. Si dans le cas du Rwanda, le cycle de l’information était fermé pour qu’on ne parle que de la « radio des mille collines », pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, ce pays est, depuis longtemps, ouvert à l’information dont les medias étrangers tiennent le haut du pavé. Ces médias très écoutés émettent en FM et RFI, la Radio mondiale, en a la palme d’or. C’est sur cette antenne que la rébellion ivoirienne expose et développe à souhait ses arguments dans le but d’apparaître comme légitime. La station devient alors un porte-voix et les membres de la rédaction, des préposés aux rebelles et aux opposants invités à diffuser leurs thèses directement en les invitant pour des interviews, ou indirectement en portant leurs revendications auprès d’autres interlocuteurs. Lorsqu’en novembre 2004, parce que dépités par le traitement déséquilibré de l’information par les médias étrangers, sur leur pays, les patriotes ivoiriens, grâce à leur maîtrise de la RTI, ont, pour la première fois, permis au monde entier de voir, en direct, les crimes de la Licorne dans les rues d’Abidjan, l’on a parlé de médias de la haine. Ce qui n’a jamais été, ni ne sera le cas de la Côte d’Ivoire dont la RTI a toujours été à l’avant-garde de la promotion de la culture africaine.
- La cinquième erreur des Nations Unies est une faute commise consciemment. Car elle a été de refuser de reconnaître que l’on était en présence, non de la reprise d’une guerre civile, mais de la mise en œuvre d’un génocide et qu’à ce titre, la Communauté entière était concernée. Dès lors, le rapport de cette prestigieuse mission conclut, sans complaisance, que la décision de désengagement du 21 avril 1994 ne peut pas être considérée comme la sanction légitime à l’encontre de parties n’ayant pas respecté les accords. Elle s’apparente plutôt à un « sauve qui peut » généralisé qu’illustre bien cette phrase de Monsieur Ahmedou Ould-Abdallah, alors Représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU au Burundi, dans son livre d’entretien avec Stephen Smith : « Même les fous ont peur s’ils rencontrent une détermination très claire en face d’eux ». Il serait souhaitable qu’on n’en arrive pas là en Côte d’Ivoire. Mais avec ce qui se passe actuellement et les menaces que vous proférez, Dieu seul sait ce qu’il réserve à la Côte d’Ivoire.
Les médias français, médias de l’intoxication et de la désinformation.
La France était connue dans le monde entier pour avoir des médias privés à la solde des capitaines d’industrie ainsi que le montrent ces dossiers du Nouvel observateur et du Monde diplomatique. Certes, on le soupçonnait déjà, mais on sait aujourd’hui que les médias publics n’échappent pas à cette spécificité hexagonale, pour développer, eux, une lecture de l’actualité qui sauvegarde les intérêts français. Du coup, l’information n’apparaît plus dans ce pays comme une présentation des faits, mais comme une représentation du monde. Dès lors, à chacun de choisir ses couleurs
Chacun peut constater l’invariante sensibilité de Radio France Internationale aux thèses de l’opposition ivoirienne.
Ce faisant, cette radio se moque royalement des avertissements de Jean-Jacques Aillagon, patron de TV5 et ancien ministre français de la Culture qui, invité du Journal des médias le 21 septembre 2005, observe sur Itélé qu’ « il n’est pas bon qu’un organe d’information soit l’expression médiatique d’un pouvoir politique. Ça exposerait les représentants de l’Etat à des incidents diplomatiques lors de leurs déplacements à l’étranger. » Il n’est plus question ici de simple brouille diplomatique, mais d’enjeux fondamentaux contradictoires : la Renaissance africaine à condition de sortir la Côte d’Ivoire du giron de la France, ou le sursaut de la Françafrique si elle y restait. Radio France Internationale joue des pieds, des mains, des mots, des images, pour que ce statu quo demeure. Il en va pour la France, de ses intérêts politiques, économiques, diplomatiques. Si on ne peut pas le lui reprocher, il faut le savoir...
Tout le problème est là. Au lieu où l’Afrique et les Africains voient la répartition équitable des ressources par l’instauration de systèmes démocratiques pour un développement équilibré de leur continent et de leurs nations, les dirigeants français et leurs médias ne voient que leur maintien dans le giron de la Françafrique. Un faux problème entretenu de façon cynique pour créer la diversion. Comme si, parce qu’on parle le français, on devrait renoncer à la démocratie pour être dans la logique chiraquienne selon laquelle la démocratie ne serait qu’un luxe pour les Africains. Comme si, parce qu’on parle le français, on devrait renoncer au développement pour maintenir cette marginalisation de l’Afrique, comme une simple pourvoyeuse de matières premières dont des économistes de mauvaise foi disent qu’elle ne compte que pour 2% à peine dans les échanges mondiaux en occultant le fait que le diamant qu’on extrait en RDC ou ailleurs en Afrique comme un vulgaire caillou, acquière dans les tailleries d’Anvers ou d’Amsterdam, une valeur accrue de façon exponentielle. Il en va de même du kilogramme de grains de café par rapport à la tasse de café. Et enfin, comme si, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle Zélande ou l’Inde ne pouvaient pas exister par eux-mêmes et avoir des relations normales avec la Grande Bretagne dont ils sont issus comme anciennes colonies.
C’est Guillaume MENCHI, sur le site www.confidentiel.net qui crève l’abcès comme si, pour comprendre le mal qui endeuille les Ivoiriens et l’Afrique, il fallait pénétrer dans ce monde des ténèbres. Cependant cela a, au moins, le mérite de mettre au grand jour ce que tout le monde savait mais que personne, pas même le « Grand Machin » que vous dirigez, ne pouvait dénoncer.
« En Afrique », selon donc Monsieur MENCHI, « l’Etat français est un grand criminel. Depuis l’octroi des indépendances, il n’a pas cessé de soutenir des dictatures et, bien souvent, d’entretenir des guerres civiles ou de fomenter des coups d’Etat. Pour la classe dirigeante française, l’obtention de débouchés, le pillage des matières premières (pétrole, gaz, uranium, métaux rares, bois...) et l’influence dans les institutions internationales (notamment à l’AG de l’ONU) sont des enjeux considérables face auxquels les considérations humanistes n’ont aucune valeur. Si les anciennes colonies françaises sont partiellement mais surtout formellement indépendantes, l’Etat français a mis en place un ensemble complexe de liens franco-africains qui fonde le système néo-colonial : bases militaires assurant la sécurité des intérêts français (Dakar, Djibouti, Libreville, Port-Bouët, Bangui.), « aide » bilatérale, franc CFA, accords de coopération (militaires, économiques, techniques et culturels), et surtout production et sélection de classes dirigeantes francophiles. Ceux-ci ne se rendent pas comptes de ce que la situation économique désastreuse de leurs populations reflète la nocivité de ce système et la profonde hypocrisie des proclamations françaises sur la solidarité Nord-Sud. En France, cette domination néo-coloniale est largement occultée. Les médias français préfèrent évoquer l’impérialisme américain. »
Peut-être que cela vous dépasse, Monsieur le Secrétaire Général, mais sans nul doute, votre responsabilité joue d’autant plus que, du début de la crise ivoirienne à ce jour, vous avez joué une part importante à plus d’un titre.
1/ Vous étiez à Kléber pour donner une caution internationale aux discussions de Linas Marcoussis auxquelles l’Etat Ivoirien n’a pas été convié.
2/ C’est sous votre caution que tout ce qui se déroule en ce moment, se fait sans que l’on sache si le peuple ivoirien qui est jaloux de sa souveraineté acceptera, sans réagir, la mise en œuvre des mesures que vous menacez de prendre.
Que voulait la mission d’information du Parlement français ?
La mission d’information de l’Assemblée Nationale Française a été créée en 1998, quatre ans après le génocide. Cette mission espérait avoir le mérite de répondre à certaines interrogations afin d’éviter certains jugements et affirmations hâtifs et sans fondement. A la lumière de ce que nous voyons, a-t-on pris en compte le fruit de sa réflexion ?
Elle voulait également inviter à la réflexion sur l’émergence, depuis une trentaine d’années d’un nouveau type d’interventions : l’intervention humanitaire armée dont le cadre juridique et les objectifs ne sont pas suffisamment définis. Et puisque de telles opérations seraient appelées à se multiplier, la mission pensait souhaitable de lever les ambiguïtés qui pèsent sur elles en clarifiant les objectifs politiques qu’elles poursuivent. Il apparaît de toute évidence que, ni les Nations Unies, ni l’équipe dirigeante actuelle de la France n’en ont tenu compte. Mais bien plus, la mission stigmatisait le fait que les interventions françaises au Rwanda avaient aussi mis en évidence la nécessité d’un débat sur les processus de décision en matière militaire et l’opportunité d’instaurer des mécanismes d’information et de contrôle. Pour le cas de la Côte d’Ivoire qui nous préoccupe, aucun débat n’a été suscité au sein de l’Assemblée Nationale française. Mais, faisant fi des recommandations des honorables représentants du peuple français, Monsieur Chirac, en véritable potentat au sens gaullien du terme, pour qui la coopération avec l’Afrique est du domaine réservé du Chef de l’Etat et non de la politique étrangère de la France dont certaines aspérités, comme la déclaration de guerre, peuvent nécessiter des débats au Parlement, pense que ce qui se passe en Côte d’Ivoire n’est qu’une simple mesure de police pour mettre de l’ordre dans un département français d’Outre-mer.
Par conséquent, lorsqu’il y a débat, il est organisé par les médias que l’on sait, autour d’une table rassemblant des personnes qui n’ont rien à voir avec la Côte d’Ivoire, pour parler de la Côte d’Ivoire. Voilà des frustrations que les Ivoiriens ont subies et continuent de subir depuis le début de cette crise.
Ce qui se passe au Tchad achève de démontrer que si la France avait appliqué les Accords de coopération qui existent entre elle et la Côte d’Ivoire il n’y aurait pas eu de rébellion. Le soutien décisif à Idriss Deby a enrayé la cavalcade des rebelles sur N’djaména. Mais pour le Président Chirac qui a, de l’application des accords, une conception sélective, Deby n’est pas Gbagbo et le Tchad, ce n’est pas la Côte d’Ivoire.
Les vraies raisons de la guerre que mènent les dirigeants Français contre le régime et le peuple ivoiriens.
Nous constatons que la rébellion et ses commanditaires font de la fixation sur la personne du Président Laurent GBAGBO, en l’accusant de tous les maux dont certains minent ce pays, depuis bien longtemps, avant qu’il n’accède au pouvoir seulement en octobre 2000. Curieusement, ce sont ceux qui ont créé ces maux de la société ivoirienne qui, parce qu’ils se trouvent aujourd’hui dans l’opposition, lui en imputent la paternité.
La vérité est que l’homme est porteur d’une vision qui est transcrite dans un programme clair et connu de tous depuis belle lurette mais que personne ne prenait au sérieux parce que irréalisable et utopique à leur goût, convaincus qu’ils étaient que pour battre campagne dans ce pays et en devenir le Président, il faudrait être assez riche. Ils ne se rendaient pas compte que, en 40 ans, le pays avait fondamentalement changé. Son programme, le candidat GBAGBO, le traduisait par le slogan : « donnez-moi le pouvoir, pour que je vous le rende » et s’articule autour des principaux axes que sont : la libéralisation des filières des produits agricoles, la décentralisation, l’assurance maladie universelle, l’école gratuite obligatoire pour tous jusqu’au premier cycle du secondaire, et la diversification des partenaires économiques. Dès son avènement au pouvoir, au lieu où d’autres rangent aux oubliettes leurs promesses électorales, il s’est, quant à lui, mis au travail pour sa mise en œuvre effective. En deux ans d’une gestion rigoureuse et sans complaisance, le pays qui était coupé des bailleurs de fonds depuis 1998, a renoué avec ceux-ci.
Après les élections des Conseils Généraux en juillet 2002 et la mise en place en Août d’un gouvernement de large ouverture où figuraient des ministres RDR d’Alassane Ouattara, l’on s’acheminait maintenant vers la session parlementaire d’Octobre à Décembre qui devait voter le budget du financement de ces Conseils Généraux. C’est ce que la France et certains pays de son giron en Afrique dont plusieurs ont à leur tête des dictateurs et des présidents à vie, ou issus de coups d’Etat, ne pouvaient pas permettre parce que la réussite d’un tel programme, aurait sonné le glas de l’immobilisme en leur sein. La preuve en est que, faute d’avoir réussi à changer le gouvernement ivoirien, la France n’a pu boucler son budget en équilibre en 2002, 2003 et 2004 et a été sans cesse interpellée par la Commission européenne pour qu’elle remplisse les exigences des critères de convergence en matière budgétaire. En 2004, faute d’avoir réussi ce grand coup de Novembre, avec les chars dans les rues d’Abidjan, elle a été obligée de vendre une partie de ses réserves d’or pour se conformer aux exigences communautaires. C’est cela un des aspects de la politique française de coopération avec l’Afrique, qui n’est que la coopération de la corde et du pendu ou l’association du cheval et du cavalier, à laquelle elle tient tant pour vouloir à tout prix nous maintenir dans son giron.
C’est que la classe dirigeante de la France n’a jamais pris nos Etats pour indépendants, mais comme des domaines de son Pré carré dont les Chefs d’Etats ne sont que des Préfets qui ont des comptes à rendre, de leur gestion, à leur Président qui se trouve au Palais de l’Elysée, à Paris. C’est le modèle jacobin consubstantiel à l’esprit français, ultra centralisateur qui veut que la Nouvelle-Calédonie, aux antipodes de la France, au Nord de l’Australie, soit en territoire français. C’est ce qui a causé le drame algérien, parce qu’on voulait absolument que l’Algérie soit française.
En tout état de cause, une chose est certaine. Le peuple ivoirien, qui sait maintenant où se trouve la solution à son problème de développement, ne retournera plus au statu quo ante. Il entend assumer pleinement son destin. Advienne que pourra.
Un rapprochement avec la classe dirigeante actuelle de la France implique un renoncement au combat engagé. Ce qui n’est pas possible dans le contexte actuel. Ce serait même dangereux pour l’avenir non seulement de la Côte d’Ivoire, mais pour tous les peuples et nations amis de la Côte d’Ivoire et du peuple ivoirien. Il serait naïf de croire que le peuple ivoirien pourrait revenir au statu quo ante avec la France plutôt que de s’affranchir du joug colonial ou néocolonial. Désormais le vin est tiré et il faut le boire jusqu’à la lie.
Conclusion
L’Allemagne a perdu ses colonies en 1919, a été vaincu en 1944 et partagée en 1945-49. Elle a restructuré son économie pour devenir la première puissance économique de l’Europe, grâce à la culture de la rigueur dans la gestion de la monnaie qu’elle a acquise des suites des affres de la crise de 1929 qui a abouti à l’avènement de Hitler au pouvoir. C’est ce qui vaut à Francfort, siège de la BUBA, d’avoir été choisi pour abriter la Banque Centrale de l’Europe en construction.
Le Japon Impérial, à la recherche d’espace vital, a connu un arrêt brutal de sa politique expansionniste en 1945. Le Japon s’est remis en cause et a restructuré son économie pour devenir la deuxième puissance économique du monde après les Etats Unies. Ce qui a poussé le monde occidental à ouvrir les négociations du Tokyo Round, dans le cadre du GATT, qui se sont poursuivies à l’Uruguay Round pour aboutir finalement à la création de l’OMC aujourd’hui. Bien plus, l’Empire nippon, allant plus loin dans l’innovation technologique, a introduit l’usage de l’acier dans la construction du bâtiment, en gagnant de l’espace sur la mer ; ce qui lui permet aujourd’hui, de reléguer aux oubliettes sa politique expansionniste d’antan.
Devant les efforts de certains membres de la Communauté internationale pour créer un climat de paix, la classe dirigeante de la France ne présente qu’une politique nombriliste et replète de salon qui ne repose que sur une économie de rente pour avoir colonisé des territoires en Afrique au 19e siècle. La France se moque éperdument de ce qu’en plus d’un siècle d’exploitationcolonialeet néocoloniale,le monde a évolué et que les générations nouvelles ont besoin des’épanouir dans le plus strict respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, proclamé dans la Déclaration Universelle des droits de l’homme, aux Nations Unies, depuis près de soixante ans. Vous le savez bien, Monsieur le Secrétaire Général, et vous mettez à la disposition de la classe dirigeante actuelle de la France, les services de ce « Grand Machin » que vous dirigez pour lui permettre de perpétuer sa politique criminelle en Afrique. Lorsque vous parlez de Communauté internationale personne n’est dupe puisque cette Communauté Internationale n’est en réalité qu’une Communauté internationale captive pour servir les intérêts des grandes puissances, notamment ceux de la France.
« L’art politique », affirmait Gaston BOUTHOUL, dans sa contribution à « Napoléon. L’apogée et la chute », intitulée « le Seigneur de la guerre », « c’est de saisir la conjoncture et d’en tirer parti. Mais plus encore que la conjoncture extérieure, il lui faut connaître la conjoncture intérieure ». Certes, à la place où vous êtes, Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies, vous connaissez mieux que beaucoup de gens, certains aspects de la conjoncture extérieure. Cependant, la conjoncture intérieure des nations, prises individuellement, est fonction du degré de leur évolution. C’est pour quoi, Gaston BOUTHOUL poursuit que « le plus grand génie politique ne peut mener à bien ses desseins sans évaluer exactement, les ressources naturelles, et aussi les tendances de l’opinion, ses capacités de sacrifices et de privations, fondements nécessaires de toute grande politique. Car, jusqu’ aujourd’hui, toutes les grandes politiques ont culminé dans la guerre. ». Le peuple souverain de Côte d’Ivoire, qui, dans un sursaut d’orgueil, rejetant l’imposture, a arraché de haute lutte, des mains d’une junte militaire qui voulait le confisquer, son pouvoir acquis par les urnes, et l’a confié à celui qu’il s’est librement choisi pour Chef, ne se laissera, pour rien au monde, intimider par les menaces que recèle votre déclaration. Par le passé, l’on a pu dire que l’Afrique était une interrogation dont le point était Madagascar. Mais la position actuelle de la Côte d’Ivoire, avec plus de 18 millions d’habitants dont un peu plus de 26% d’étrangers, permet de dire sans risque de se tromper que l’Afrique est une arme à feu tournée vers le sud et dont la Côte d’Ivoire est la gâchette parce que, dans sa configuration, ce pays est un cocktail d’explosifs qu’il convient de manier avec précautions. Il n’est pas si sûr que votre Ghana natal avec lequel la Côte d’Ivoire partage une frontière et des populations communes s’en portera mieux lorsque ce pays sera en ébullition. Ce ne sont pas des menaces mais des avis d’observateurs attentifs de l’Afrique en mouvement. Que Dieu vous inspire et vous éclaire de sa sagesse.
Georges Torcheveau
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> Lettre ouverte à Monsieur KOFI ANNAN, Secrétaire Général de l’ONU, au sujet de sa gestion hasardeuse de la crise ivoirienne.3 juillet 2006, par vieille dameJe dois avouer que je ne comprends pas très bien ce qui se passe en Afrique, car les médias français sont très chiches d’information, et quand ils en donnent, ils sont toujours de parti-pris (parti-pris de la néocolonisation qui se casse la figure mais dont ils sont toujours les tenants, protégeant inconsciemment la prospérité de la France qui s’est construite dessus). Je trouve donc votre article très intéressant, puisqu’il donne un autre éclairage..Il me semble cependant qu’il y manque l’intervention des USA. On a vu des manifestants avec le drapeau américain - qu’est-ce que cela signifie selon vous ? Ne pensez vous pas que les luttes sont manipulées, non seulement par la France ou la Belgique, mais aussi par les Etats Unis ? Ne pensez vous pas que le pétrole et les matières premières sont des enjeux importants ?


