Persister dans une politique d’apaisement face à la volonté guerrière des Etats-Unis serait courir à l’abîme

par Karl Müller, Allemagne
Source : horizons-et-debats.ch

Selon une information communiquée le 12 septembre par la chaîne de télévision Fox News le refus de l’Allemagne de se prononcer en faveur de sanctions supplémentaires envers l’Iran avait provoqué au sein du gouver­nement américain la mise en place de scénarios pour une guerre contre l’Iran. Les représentants du gouvernement allemand avaient présenté leur décision lors d’une rencontre avec des représentants des puissances du Conseil de sécurité de l’ONU ayant droit de veto. Ce refus avait incité la majorité du gouvernement Bush à estimer que la politique des sanctions avait vécu.

Fox news : des plans de guerre US, du fait que l’Allemagne refuse une extension des sanctions

Les représentants allemands auraient mis en avant le fait qu’une extension des sanctions causerait trop de dommages à l’économie allemande. Mais en même temps, des diplomates d’autres pays auraient laissé entendre que les représentants allemands seraient, en fait, en faveur des bombardements de l’Iran - même si ouvertement ils émettaient des protestations.
La ministre américaine des Affaires étrangères, Rice, aurait été informée que la tentative diplomatique avait échoué et que « le Gouvernement devait préparer activement une intervention militaire ». Tout le monde, à Washington, serait en train d’étudier le rapport coûts-bénéfices d’une attaque militaire contre l’Iran. Le laps de temps prévu serait de 8 à 10 mois. Le vice-président Cheney et son entourage seraient heureux que la voie diplomatique aient échoué. Ils l’avaient toujours prétendu. Un des points de préparation à la guerre serait de mettre les gardes révolutionnaires iraniens sur la liste des organi­sations terroristes, ce qui permettrait de justifier la guerre contre l’Iran.

Dans quelle mesure ce rapport de Fox news est-il fiable ?

Cette chaîne entretient des contacts étroits avec l’actuel gouvernement étatsunien ; il en est le porte-parole et l’instrument de propagande. Mais qu’en est-il de ce rapport ? Ou plus exactement : quel est le but du gouver­nement étatsunien en publiant un tel rapport ? Il est vrai que le gouvernement étatsunien prépare de longue date une guerre contre l’Iran, et les préparatifs militaires respectifs sont à quelques détails près mis en place. Jusqu’à présent la politique allemande était sans influence, ou mieux : on ne sait pas s’il y a eu une tentative d’exercer une influence. Bien au contraire. Depuis qu’Angela Merkel est chancelière, on a pu prendre acte que les deux pays menaient leur politique guerrière à l’unisson, en actes et en paroles.
Toutefois, les Etats-Unis n’ont toujours pas trouvé un bon prétexte pour déclencher la guerre. L’Iran ne s’est pas laissé provoquer, par exemple par l’apparition imposante de bâtiments de guerre américains. L’opinion publique internationale a toujours dévoilé les mensonges du gouvernement américain envers l’Iran. Résultat : ce gouvernement cherche toujours désespé­rément une justification. Il n’est pas impossible qu’il profite de ce prétendu refus de sanctions injustifiées pour prétendre que la voie diplomatique a échoué et que ce sont les autres membres du Conseil de sécurité, y compris l’Allemagne, qui seraient responsables de la guerre.
Il est intéressant de constater que c’est l’agence de presse Reuters, favorable aux va-t-en guerre, qui a annoncé, un jour plus tard, soit le 13 septembre, que l’Allemagne refusait « selon des sources diplomatiques, un renforcement précipité des sanctions contre la République islamique ». A l’encontre du gouvernement étatsunien, qui insiste pour que de telles sanctions soient prises rapidement, l’Allemagne « souhaite attendre le rapport de l’Agence Internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur l’Iran, qui doit paraître en novembre. »

Le gouvernement allemand dément

Le porte-parole du gouvernement allemand, Jäger, a démenti, le 14 septembre, lors de la conférence de presse fédérale, à la suite d’une question d’un journaliste, le rapport de Fox News, en prétendant que « Ce rapport nous a préoccupés à Berlin au cours de ces derniers jours. Je ne puis rien dire d’autre, à propos de ce rapport et de ce qu’il prétend, notamment de votre thèse comme quoi l’Allemagne hésiterait dans l’affaire des sanctions contre l’Iran et précipiterait ainsi la guerre contre ce pays, qu’il s’agit d’une ânerie. Cela n’a absolument aucune consistance. Il me semble qu’on ne peut pas mieux démentir. »

L’Allemagne a contribué à mettre en place des sanctions ...

En ce qui concerne le comportement de l’Alle­magne dans les sanctions : « Tout le monde sait que nous n’avons pas seulement soutenu, dans le cadre de E3-plus-3 (= Allemagne, France, Grande-Bretagne, plus USA, Russie, Chine) les résolutions du Conseil de sécurité, mais que nous avons contribué à leur mise en activité [...] Nous sommes en train de discuter avec nos partenaires d’une troisième résolution. De plus, nous avons veillé, pendant notre présidence de l’Union européenne, à ce que ces résolutions soient appliquées au-delà de la teneur de celle du Conseil de sécurité. [...] Qu’il me soit permis de rappeler que l’Allemagne a subi de nets change­ments dans son commerce avec l’Iran. [...] Tout ceci laisse à penser que l’Allemagne est prête, si cela se révèle nécessaire, à s’engager contre l’Iran. »

... mais il est envisageable de mettre un terme aux sanctions

Le porte-parole du Gouvernement a aussi dit : « J’attire votre attention sur le fait que, pour l’instant, nous poursuivons un double but, soit d’une part nous sommes en pourparlers avec les pays membres de E3-plus-3, mais que par ailleurs nous sommes en train de traiter ces questions ouvertes dans le cadre de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), afin de donner à l’Iran la possibilité de rétablir la confiance perdue envers la communauté internationale. Si l’Iran est disposé à s’engager dans cette voie, et prêt à en apporter les preuves, alors nous pourrons nous passer de sanctions. »
Ce porte-parole n’a répondu toutefois pas à la demande de savoir si l’Allemagne allait attendre le rapport de l’AIEA sur l’Iran pour prendre sa décision. Il n’a pas pris non plus position sur la question concernant la prise de position du président français Sarkozy de renforcer les sanctions contre l’Iran, même sans l’aval du Conseil de sécurité. Il s’est contenté d’affirmer qu’une telle proposition n’avait pas été soumise lors des délibérations officielles.

Kouchner : « Ce sont nos amis allemands qui ont soumis la proposition »

Le 16 septembre, le ministre français des Affaires étrangères, Kouchner, qui se profile à côté de Sarkozy comme un des pires va-t-en guerre, s’est déclaré lors d’une interview télévisée en faveur de sanctions renforcées contre l’Iran, allant même jusqu’à « envisager le pire, c’est-à-dire la guerre ».
Pour souligner sa revendication de sanctions renforcées, il s’est référé au gouver­nement allemand : « Ce sont nos amis allemands qui l’ont proposé ».
Le 17 septembre, le porte-parole du gouvernement allemand, Wilhelm, s’est contenté d’évoquer le fait que le gouvernement allemand s’en tenait à l’objectif d’obtenir une solution diplomatique dans ce conflit atomique avec l’Iran. Les autres options ne seraient pas d’actualité pour l’instant (! ?). L’Allemagne et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité travailleraient sur un plan pour des sanctions renforcées contre l’Iran (selon les nouvelles du Deutsch­landfunk du 17 septembre). Au lieu de refuser catégoriquement les plans de guerre, le porte-parole du gouvernement s’est contenté d’édulcorer les propos de Kouchner, prétendant qu’ils montraient bien « à quel point nos amis prennent cette situation au sérieux ». De plus : « Il serait totalement erroné de parler de menaces de guerre. » (« Frankfurter Allgemeine Zeitung » du 17 septembre).
La commission de l’Union européenne a pris plus nettement ses distances par rapport aux déclarations du ministre français des Affaires étrangères. Une porte-parole de la commission s’est expliquée ainsi à Bruxelles : « La commission apporte son entier soutien aux efforts de Javier Solana pour trouver une solution négociée. » (Spiegel Online du 18 septembre). Le ministre des Affaires étrangères russe, Lawrow, fut, lui, on ne peut plus clair : « La Russie s’inquiète des nombreux rapports concernant des sanctions militaires contre l’Iran. Cela aurait des conséquences incalculables pour la région. »

« Les relations franco-allemandes se sont dramatiquement détériorées »

Dans le même article on parle aussi d’une atmosphère alarmante à Berlin : « L’inquiétude à propos des rapports franco-allemands est à son comble à Berlin, tant dans la coalition que dans l’opposition. » Le responsable politique pour les questions des Affaires étran­gères, du parti FDP (libéraux), Werner Hoyer, aurait dit : « Les relations se sont détériorées dramatiquement. Il ne s’agit plus seulement d’erreurs de débutant. » L’AIEA estime qu’il y a progrès dans les négociations avec l’Iran

Il n’y a aucune raison objective d’escalade dans le débat sur l’Iran. Le secrétaire général de l’AIEA, El Baradei, a mis l’accent, lors d’un discours devant l’assemblée générale de l’organisation à Vienne le 17 septembre, sur les progrès réalisés dans la coopération avec l’Iran, particulièrement l’entente concernant un plan de travail pour mettre au point les questions touchant le programme atomique iranien. En conclusion, dans la partie de son discours touchant l’Iran, il a évoqué « la possibilité d’une solution durable et complète » dans la question du programme atomique iranien. Il a exigé d’accorder du temps aux négociations avec l’Iran et mis en garde contre toute guerre.

Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères : la guerre n’est pas une option

Le 19 septembre, le ministre luxembourgeois des affaires étrangères, Jean Asselborn, un homme plutôt raisonnable au sein de l’Union européenne, a été interviewé par le Deutsch­landfunk. Il a déclaré : « Nous ne devons en aucun cas donner l’impression au sein de l’Union européenne que l’éventail de la diplomatie n’a plus de prise, qu’il est à bout de souffle. [...] C’est notre seule arme, à l’inverse d’une attaque militaire, dont on peut se demander si c’est réellement une alternative. Je ne le pense pas. Le monde entier a pu observer au cours des 3 ou 4 années passées que les opérations militaires - p.ex. en Irak - ne mènent à rien. C’est pourquoi, il faut définitivement renoncer à cette option qui ne peut que provoquer des malheurs. »

Le monde s’en est allé à vau-l’eau

Depuis cette déstabilisation, le monde se trouve en menace permanente de guerre. Une bande criminelle de politiciens et de militaires aux Etats-Unis et en Grande-Bre­tagne a rompu les liens avec le droit international au profit des profiteurs de guerres, ce droit international qui interdit ne serait-ce que la menace de violences dans les relations intergouvernementales (Article 2 de la Charte des Nations Unies) et bien sûr toute guerre d’agression.
Cela n’empêche pas le gouvernement étatsunien, et avec lui le gouvernement français qui s’est aligné sur la volonté guerrière américaine, de développer des efforts en direction de plans de guerre. Le quotidien suisse « Neue Zürcher Zeitung » citait le 18 sep­tembre le premier ministre français, Fillon, qui avait dit lors d’une inspection de troupes que la France se « trouve dans une situation de grande tension. »
Le ministre français des Affaires étrangères, Kouchner, ignorant les critiques venues d’Europe et du monde entier, concernant ses propos du 16 septembre, a récidivé le 19 septembre, peu avant son départ pour les Etats-Unis, dans une interview accordée à la radio France Inter : qu’il ne fallait pas se cacher derrière les mots. La notion de « guerre » était jusqu’à présent taboue par pure hypocrisie. Le même jour, la ministre américaine des Affaires étrangères, Rice, inventait une nouvelle notion : « diplomatie mordante », ce qui veut dire pour elle : toutes les options doivent être acceptées, y compris la guerre.

L’Europe sait à quoi s’en tenir en matière de guerre

La raison n’a heureusement pas encore disparu en Europe. Même dans la classe poli­tique européenne il y a des forces, tel le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, qui sont conscientes des conséquences d’une guerre. L’Europe sait bien ce que cela signifie.
Comment pourrait-on mettre un terme aux agissements déréglés des Etats-Unis et de leurs alliés ? Il faudra bien trouver une réponse, dans le monde, mais particu­lièrement en Europe. Et cela bien avant de sombrer dans le chaos d’une guerre généralisée, la planète étant rendue inhabitable par les armes de destruction massive. Rien que les guerres américaines depuis 1991 ont coûté des millions de victimes. Cela suffit !

L’Europe doit cesser sa politique d’apaisement

Un certain nombre d’Etats européens ont suivi, par leur politique d’apaisement, de façon irresponsable les Etats-Unis dans leur guerre planétaire. Ils ont ainsi accepté le fait que le droit international est violé. Cela est vrai pour toutes les guerres américaines depuis 1991 et s’applique aussi à l’affrontement grandissant avec le monde islamique et avec la Russie. Le fait que le délégué de l’ONU dans la lutte contre le racisme et la diffamation religieuse, Diène, s’est plaint le 15 septembre devant le Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies à Genève, de l’augmentation des activités anti-islamiques en Europe, doit être un avertissement.

Il faut en revenir au droit et exiger son application

L’Europe doit reprendre conscience de sa tradition du droit et du caractère inalié­nable de ce dernier. Elle doit s’opposer fermement à la politique d’une bande criminelle. Son expérience des systèmes totalitaires du 20e siècle devrait lui servir de leçon. Les va-t-en guerre doivent être stoppés, bien avant un incendie général sur cette terre. Il ne faut pas permettre une nouvelle fois, comme avant la guerre contre l’Irak, aux Etats-Unis de diviser les Européens. Les gouvernements qui seraient tentés de se lancer à nouveau dans une aventure criminelle, contraire au droit international, doivent être remis à la raison par tous les moyens légaux et contractuels. Y compris par une interruption des droits dans les organisations euro­péennes et internationales. L’Europe et le monde ont les moyens légaux pour mettre un terme à la course à la guerre, il suffit de les mettre en œuvre. Certes, cela n’ira pas de soi, il faut une volonté politique. C’est aussi la responsabilité de chacun.


 
P.S.
 
 
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