Slavoj Žižek : penser radicalement

Il nous reste deux écrivains capables de décrypter avec intelligence la « postmodernité » : Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec. Ces deux-là, armés de leur talent respectif, et de leur vision décalée jetée sur notre époque en forme de « fin de l’histoire », diffusent leurs idées à travers de sombres et lumineux romans. En philosophie, il nous reste également un grand penseur de la « postmodernité » : celui-ci nous vient de l’Est, et répond au nom de Slavoj Žižek. Jusqu’au dernier ouvrage de ce psychanalyste et philosophe, c’est dans l’ignorance quasi totale des Français, que la Slovénie abritait l’un des intellectuels les plus repris dans le monde, et déjà culte en Europe de l’Est et aux États-Unis. Mais aujourd’hui, depuis la parution de son dernier essai chez Flammarion, c’est chose réparée.

A propos de l’ouvrage de Slavoj Žižek Bienvenue dans le désert du réel, quelques lignes de présentation de l’éditeur Flammarion : « Dans ces cinq essais, l’auteur revient sur les évènements du 11 septembre dans une approche politique et psychanalytique. Il explique pourquoi la capitalisme est un intégrisme et comment les Etats-Unis ont encouragé l’émergence de l’intégrisme musulman et analyse la façon dont cet évènement a été exploité notamment pour justifier et légitimer la torture ». On retrouve là l’obscénité de la société du spectacle, de la communication, des simulacres. La dérive de notre démocratie est-elle entamée ? Celle qui prône fièrement une « tolérance universelle » d’un côté, tout en excluant et en inventant l’homme sans droits de l’autre.

Intolérable tolérance

Comment alors penser dans les décombres de notre idéal des lumières ? Quelle méthode de combat ? Comment survivre à cette « tolérance universelle » aux accents totalitaires ? Seule solution envisageable : émettre une forte dose d’intolérance nécessaire pour élaborer une critique pertinente de l’ordre présent des choses. Cette idée « géniale » de Slavoj Žižek (prononcer « slavoï jijèk ») est d’autant plus problématique que l’époque actuelle tend à diaboliser toute pensée qui chercherait à s’élever au-delà d’une norme balisée et « bien pensante » élaborée par des censeurs de la morale, gardiens de la « tolérance » et du « politiquement correct ». Pour le comprendre, il suffit de se référer à la mise au pilori récente de Maurice G. Dantec après son entrée en dialogue avec les Identitaires. Raison donc pour laquelle il semble nécessaire de reposer derrière Slavoj Žižek la définition même des termes d’une véritable politique d’émancipation.

Car avez-vous déjà réfléchi à ce qui pouvait bien se cacher réellement derrière le langage feutré de la tolérance contemporaine ? Si la réponse ne vous vient pas naturellement, Slavoj Žižek peut vous y aider. Regardez seulement ce qui se dissimule derrière ce principe d’indulgence : un processus de dépolitisation généralisé. Un multiculturalisme dépolitisé qui est la nouvelle idéologie du capitalisme global. Cette dénonciation de la supercherie profondément hypocrite qui se retrouve dans l’idée bombardée tout azimut aujourd’hui, que le plus grand danger réside dans les différentes formes d’intolérance, de nature ethnique, religieuse ou sexuelle, se présente comme la plus brillante dénonciation des disfonctionnements de nos sociétés modernes. Exit donc, le ton professoral des ouvrages universitaires saturés d’un jargon philosophique à l’usage des initiés. Certes, la prose de Slavoj Žižek est radicale, mais c’est pour nous amener à fermement nous interroger sur une époque fertile en contradictions. Exit également l’exigence moderne ultime du « politiquement correct ». Ni marketing philosophique comme l’initièrent les « nouveaux philosophes », ni école philosophique, la pensée de Slavoj Žižek échappe aux travers d’une philosophie de l’instantanée, à une pensée imprécise car utilisant ce que Gilles Deleuze dénonçait à propos des « nouveaux philosophes », à savoir les « gros concepts » [1] .

Slavoj Žižek initie une méthode : penser radicalement. Ainsi se risque-t-il sans craintes à reposer les définitions exactes de termes parasités par un vocabulaire intellectuel qui rend l’usage de notions tels les mots « totalitarisme » ou « proto-fascisme » [2] impropre, termes utilisés aujourd’hui de façon très fréquente pour diaboliser une thèse mal acceptée ou dérangeante. Par là, il s’agit de réaffirmer l’usage des passions politiques fondées sur la discorde, l’usage de l’intolérance pour questionner le totalitarisme mou annoncé par Tocqueville, de nos démocraties libérales, penser à coups de marteau pour échapper aux glissements sémantiques orchestrés par la nouvelle idéologie du capitalisme global. Notre époque à besoin d’une boite à concepts ; une boite à pharmacie et idées pour affronter l’ordre présent des choses :

« À l’aune des critères politiques traditionnels, nous vivons sans aucun doute des temps étranges. Penchons-nous sur la figure paradigmatique de l’extrême droite d’aujourd’hui, les milices fondamentalistes millénaristes aux Etats-Unis. N’apparaissent-elles pas souvent comme une version caricaturale des groupuscules séparatistes de l’extrême gauche militante des années soixante ? Dans les deux cas, nous avons affaire à la logique anti-institutionnelle radicale : l’ennemi ultime est l’appareil d’État répressif (FBI, armée, système judiciaire) qui menace la survie même du groupe, organisé comme un corps extrêmement discipliné afin d’être capable de résister à cette pression. L’exact contraire de cela, c’est un gauchiste comme Pierre Bourdieu qui défendait l’idée d’une Europe unifiée en tant qu’« État social » fort, « garantissant le minimum de droits sociaux et la sécurité sociale contre l’offensive de la globalisation » : il est difficile de s’abstenir d’ironiser devant un intellectuel d’extrême gauche élevant des remparts contre le pouvoir corrosif global du Capital tant loué par Marx. »

Le modèle de tolérance multiculturelle dominant auquel nous avons aujourd’hui affaire n’est pas si innocent qu’on veut le faire croire ; le monde post-politique qui est le nôtre s’appuie sur un pacte social basique à partir duquel les décisions sociales ne sont plus l’objet de débats et conflits politiques. Cela entraîne Slavoj Žižek à utiliser plusieurs outils philosophiques afin de déconstruire les idées reçues et mettre en lumière le marasme idéologique dans lequel nous baignons : ses principaux outils sont la dynamite, le paradoxe, la conciliation des contraires, sans compter l’humour, ― humour que détenait déjà Socrate en son temps.

Le capitalisme global

Penser radicalement son époque, c’est avant tout penser « le nouvel ordre mondial ». A savoir, le capitalisme global. « Le phénomène habituellement désigné du nom de « nouvel ordre mondialisé » et la nécessité, par la « mondialisation », de s’en accommoder. Pour le dire franchement, si le nouvel ordre mondial émergeant est le système non négociable qui est imposé à tous, alors l’Europe est perdue. »

Mais que veut l’Europe ? A-t-elle un objet ? Une finalité qui lui serait propre ? Les questions restent ouvertes quant à cette Union européenne dont l’identité culturelle est profondément menacée par « l’« américanisation » culturelle comme le prix à payer de leur immersion dans le capitalisme global. » L’erreur que tendent à faire certains est de penser que le monde nouveau qui s’annonce et dans lequel nous entrons est universel. Faux, dit Žižek. Il n’est pas universel, il est « global ». Dans cet ordre nouveau, nous ne perdrons rien des particularismes dans lesquels chacun trouve une place bien définie. Car, la globalisation ne menace pas les particularismes, elle ne menace que l’universalisme.

De fait, « la véritable opposition aujourd’hui n’est pas celle existant entre le Premier Monde et le Tiers-monde, mais existant entre la Totalité du Premier Monde d’un côté, le Tiers-monde (l’Empire global américains et ses colonies) et le Second Monde restant (l’Europe) de l’autre. »

De fait, il s’agit de penser l’Europe. Non pas comme le firent les « biens pensants » ― encore eux ! ― durant toute la campagne du « Oui » qui ne nous laissaient aucune alternative dans un choix qui se révélait être un « non choix » ! Il faut être sévère à l’égard de la vision de l’Europe telle qu’elle est envisagée par nos élites politiques : Que veut l’Europe ? Comment faire pour qu’elle ne débouche pas sur une arrogance à l’américaine ? Un dialogue extrêmement critique avec ce projet s’impose. Car comment se permettre de critiquer les États-Unis sans critiquer dans un premier temps l’Europe ? Pour cela, une fois de plus, il s’agit de « penser radicalement ». Ce qui semble impossible aujourd’hui selon Slavoj Žižek dans l’état de la démocratie actuelle.

« A l’instant où l’on présente le plus petit signe d’engagement politique dans un projet politique entendant remettre sérieusement en question l’ordre existant, la réponse fuse immédiatement : “Aussi chargé de bonnes intentions cela soit-il, tout cela finira nécessairement par un nouveau Goulag !” »

Si l’on veut philosopher à coups de marteau, il y a alors un certain nombre de bonnes questions à se poser : Sommes-nous en guerre, et avons-nous un ennemi ? Pour quelles raisons adorons-nous tous détester Jorg Haider ? Comment et pourquoi Vaclav Havel a abdiqué face à la logique du capitalisme ? Comment pouvons-nous nous approprier l’histoire européenne d’une manière radicalement nouvelle ? Peut-être pourrons-nous alors créer une Europe à visage humain contre la pire des tentations, « une mondialisation à visage européen » .

La société du spectacle

Il est d’autant plus nécessaire de se poser toutes ces questions que le spectacle continue. « La réalité n’a pas fait irruption dans l’image, c’est l’image qui a fait irruption dans notre réalité » . Cette réflexion de Žižek en appelle une autre : le réel est-il réel ? N’y a-t-il pas un glissement dans notre perception du réel, qui tient du fantasme, des peurs, de l’imaginaire ? Faux-semblant, simulacres, apparences, manipulation du réel par le détournement de l’image. Tout cela ressemble à une constatation réaliste et avérée. La crise d’aujourd’hui, est bien une crise de la représentation. Dans cette « passion du réel » , on trouve une passion pour les faux-semblant. Lorsque le chef des rebelles, Morpheus, accueille Néo, le héros (malgré lui) du film Matrix, il prononce cette phrase curieuse : « Bienvenue dans le désert du réel ». C’est ainsi que l’on peut probablement décrire le monde réel que Néo croyait encore vrai jusqu’à ce qu’il réalise le simulacre, engendré par un gigantesque ordinateur, d’un univers depuis longtemps dévasté par une guerre atomique.

« Le désert du réel » ou le réel falsifié ! Tout est falsifié : de la liberté d’expression, jusqu’à la tolérance universelle. Dans notre époque « postmoderne », le nouvel ordre mondial, et le délitement de la démocratie dans laquelle l’impasse nihiliste, son idéologie multiculturaliste, sa tolérance posée comme un mot d’ordre doivent être critiquées, voire combattues. Car cette subjectivation mondialisée a englouti la subjectivité elle-même. L’homme est asservi à la dictature de la tolérance, de l’expression de soi, de la liberté de penser : demander à un esclave « de s’interroger sur son désir d’être libre et il ne se libérera pas » .

Nous sommes entré dans l’ère postmoderne, ère du spectaculaire : « spectacle théâtral des défilés staliniens aux actes terroristes spectaculaires » . Que ce soit dans sa réalité consumériste totale, dans la vie sociale, dans sa vie personnelle, l’homme occidental est aux prises des caractéristiques du spectacle : une hyperréalité irréel privé de substance matérielle. L’ère post-politique a ainsi dilué la politique, la gestion de l’économie, le projet des lumières, l’imaginaire occidental dans ses représentations idéologiques durables telles Hollywood, le Pentagone, ou encore les Gauches européennes et américaines. Tout est déspiritualisé, dématérialisé, utilitariste. On peut penser à l’impuissance des pacifistes, et l’hypocrite empathie pour la souffrance du peuple irakien que ressentirent de nombreux médias, de nombreux régimes démocratiques alors qu’en Irak la guerre continue et le terrorisme grandit et sévit presque quotidiennement . Cela relève encore et toujours de la « tolérance multiculturelle » que nous prétendons tous défendre, cet hypocrite respect de l’autre, des minorités, etc. qui masque en réalité une terrible indifférence, voire la crainte du harcèlement de l’autre. « Le totalitarisme du XXème siècle et ses millions de victimes nous montrent bien le danger qu’il y a à suivre jusqu’au bout ce qui nous apparaît comme une « action subjectivement juste ». » Il suffit d’observer le détournements des mots, les abus de langage, la puissance de la communication sur le discours, pour comprendre l’horizon du désert moderne : voilà notre siècle, une époque troublée et saturée d’informations toujours contradictoires, trop souvent « fausses ». Prenez l’Irak, ce « chaudron cassé », selon les mots mêmes de Slavoj Žižek. Rapide explication dès son introduction à l’ouvrage : « Afin de mettre à jour l’étrange logique des rêves, Freud recourait à la vieille blague du chaudron cassé. (1) Je ne t’ai jamais emprunté un chaudron, (2) Je te l’ai rendu intact, (3) Le chaudron était déjà cassé lorsque tu me l’as confié. Naturellement, une telle succession d’arguments inconséquents confirme exactement ce qu’ils sont censés nier - le fait que je t’ai rendu un chaudron cassé... »

Cette société du spectacle, que l’on peut sans mal reconnaître dans les inconséquences de l’administration Bush à propos de la guerre en Irak, avec l’argument par exemple du « lien existant entre le régime de Saddam et Al-Qaeda (qui fut bientôt abandonné), par la force des choses, au profit de celui de la menace représentée par ce pays pour la région, menace qui pesa ensuite sur l’humanité entière (mais surtout sur les Américains et les Anglais), précisément sous la forme des armes de destruction massive » , nous oblige naturellement à nous interroger sur ce que l’on doit conserver de la politique américaine qui a fait suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001. D’autant que « tout ce que nous savions provenait des médias officiels » . Pouvons-nous dire que nous sommes entrés avec les attentats et la politique mise en place au lendemain des attaques dans quelque chose de plus fantastique encore que ces tours qui tombent : « le spectre d’une guerre « immatérielle », où l’attaque est invisible et le virus, les poisons, partout et nulle part » ? Slavoj Žižek s’interroge sur la nature de la nouvelle guerre invisible dans laquelle l’occident à mis les pieds : « Rien ne se passe au niveau de la réalité matérielle visible, aucune explosion massive ; pourtant l’univers connu commence de s’effondrer, la vie se désintègre. »

Quelle est donc la nouvelle alternative qui est nous est proposée depuis cette entrée dans un réel dont les frontières avec le fantasme, l’irréel, le fantastique sont de plus en plus fragiles. Nous ne sommes pas frappés par la force du réel, mais par la force de l’irréel. N’avons-nous pas déjà assisté des milliers de fois aux attentats du 11 septembre ? « Où avons-nous vu cela mille fois ? » Slavoj Žižek parle alors de « l’effet du réel ». Que dire des multiples mensonges de l’administration Bush, du pouvoir des médias, de la réalité de ces attentats, de leurs impacts sur nos modes de vie ? « C’est la conscience de vivre dans un univers artificiel et isolé qui entraîne l’idée qu’un agent mauvais nous menace tout le temps de destruction totale. » Avons-nous atteint comme le prévoyait Samuel P. Huntington, un véritable choc des civilisation, ou plutôt un choc à l’intérieur des civilisations ?

« Le vrai choc des civilisations ne pourrait être qu’un choc au à l’intérieur de chaque civilisation. L’alternative idéologique opposant l’univers libéral, démocratique et digitalisé, à une radicalité prétendument "islamiste" ne serait en définitive qu’une opposition, masquant notre incapacité à percevoir les vrais enjeux politiques contemporains. Le seul moyen de nous extraire de l’impasse nihiliste à laquelle nous réduit cette fausse alternative est une sortie de la démocratie libérale, de son idéologie multiculturaliste, tolérante et post-politique. »

Ainsi les vrais enjeux politiques contemporains tendent à masquer combien nos sociétés qui s’enorgueillissent à défendre la liberté de penser, le droit des personnes, la liberté d’entreprendre, la défense de la démocratie, ont mis en place un système de plus en plus serré de contrôle sociaux. Peu importe le degré d’expression qu’il nous a été donné en aval par ces sociétés dites « démocratiques », il nous manque en amont les mots pour le dire, tous prisonniers d’un système forclos qui nous enferme dans un cadre qui est par avance prédéfini, malgré les fausses alternatives qu’il prétend offrir. « Et si le vrai problème n’était pas la fragilité du statut des exclus mais plutôt qu’au niveau le plus élémentaire, nous soyons tous « exclus », au sens où cette position zéro, celle de l’exclusion généralisée, est devenue l’objet de la biopolitique, et que le possible politique et le droit du citoyen ne nous sont accordés que dans un geste second, conformément aux attentions stratégiques du biopouvoir ? »

Les accents foucaldiens de Slavoj Žižek, nous emmènent de l’Homo sucker, celui qui croit se jouer du système alors qu’il n’est que le jouet du système, à l’homo sacer, la parfaite figure de l’ennemi politique forclos dans l’espace politique. Des individus sans aucun droit. Nous retombons là dans la barbarie, celle d’une démocratie qui exclut. Des sans-papiers en France aux ghettos afro-américains aux Etats-Unis. « Homo sacer qui, morts ou vifs, en tant qu’êtres humains, ne font pas partie de la communauté politique » . Le constat est amer : notre réelle acceptation de l’autre ne produit finalement que du « vide » car nous n’acceptons l’autre que si cet autre nous ressemble, mais cette fausse acceptation masque en réalité l’absence d’idéologies qui étaient naguère nos chaises roulantes.

A la fois philosophe mais aussi psychanalyste, les analyses de Slavoj Žižek, en deviennent d’autant plus intéressantes qu’elles dévoilent un autre aspect de notre nouvel ordre mondial qu’il dit façonné par des investissements pulsionnels et idéologiques. L’examen des lendemains qui déchantent du 11 septembre 2001 est alors l’occasion pour Žižek, de souligner combien nos rapports avec l’islam relèvent d’un fonctionnement particulier de nos sociétés capitalistes et démocratiques : depuis la chute du mur de Berlin, et l’effondrement du pire ennemi du capitalisme qu’était autrefois le communisme, l’occident, et particulièrement la fière Amérique, ne laissent à ses concitoyens que cette seule alternative : le capitalisme ou l’islamisme. Choc des civilisations ou choc des idéologies ? Choc des cultures ou plutôt choc des intégrismes, des dictatures, des totalitarismes ? Comment sortirons-nous de l’impasse ? Contre la pensée unique, l’intoxication volontaire des masses par la société du spectacle, il ne devrait y avoir de maison pour la tolérance. Beau retour donc dans les « simulacres du réel », une réalité qui nous prépare un capitalisme « mondialisateur » triomphant ou peut-être à un désastre total...

Mehdi Belhaj Kacem a sans doute raison : « On ne devrait pas avoir à présenter Slavoj Žižek. On ne devrait pas avoir à apprendre aux lecteurs français le nom de l’intellectuel le plus influent aux États-Unis depuis Jacques Derrida. » En effet ! Le style direct de Slavoj Žižek, et son ironie feinte à la Socrate en font un penseur inimitable, un écrivain au regard fin et rigoureux qui décrypte avec une pertinence, et une originalité de toute première catégorie une actualité et une époque que l’on tait dans les quotidiens et les journaux de 20 heures.


Notes

[1] « Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis..., moi, en tant que soldat du Christ..., moi, de la génération perdue..., nous, en tant que nous avons fait mai 68..., en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants... »). Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. » Gilles Deleuze, Deux régimes de fous, Paris, Editions de minuit, 2003.

[2] « Le prédicat « proto-fasciste » lui-même devrait être abandonné : c’est l’exemple même du pseudo-concept dont la fonction est de bloquer toute analyse conceptuelle. » Slavoj Žižek, Bienvenue dans le désert du réel, Paris, Flammarion, 2005.


 
P.S.

Bibliographie indicative : Slavoj Žižek a déjà publié en français : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Lacan sans jamais oser le demander à Hitchcock (Paris, Navarin, 1988) ; Ils ne savent pas ce qu’ils font. Le sinthome idéologique (Paris, Point Hors Ligne, 1990) ; Un essai sur Schelling : le reste qui n’éclôt jamais (Paris, Harmattan, 1996) ; Le spectre rôde toujours. Actualité du Manifeste du parti communiste (Paris, Nautilus, 2002) ; La subjectivité à venir, Plaidoyer en faveur de l’intolérance et Que veut l’Europe ? (Castelnau-le-Lez, Climats, 2004 et 2005), ainsi que Lacrimae rerum, essais sur Kieslowski, Hitchcock, Tarkovski et Lynch (Paris, Éditions Amsterdam, 2005). Et tout récemment, Bienvenue dans le désert du réel, (Paris, Flammarion, 2005).

 
 
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