Redoutant une nouvelle guerre civile, les Libanais... s’arment

Dans la psychose d’une nouvelle guerre civile alimentée par la multiplication des accrochages armés et le blocage politique total, les Libanais sont de plus en plus nombreux à vouloir faire face à la menace en se procurant Kalachnikov, M-16 ou Dragunov.

Redoutant un retour de cette guerre qui avait fait de 1975 à 1990 plus de 150 000 morts et des milliers de disparus, « les groupes comme les particuliers, qui cherchent à se sentir plus en sécurité, achètent des armes » sur le marché noir, affirme un vendeur d’armes libanais parlant sous couvert de l’anonymat.

« Si une kalachnikov se vendait entre 100 et 150 dollars il y a un an sur le marché noir, son prix atteint aujourd’hui 1000 USD. Le prix du Dragunov (fusil de snipers) est passé de 800 à 2700 dollars », relève-t-il, soulignant que les kalachnikov russes et M-16 américains sont les plus populaires.

L’une des routes des trafiquants passe par la Syrie. Les armes sont achetées en Irak et convoyées par la route dans des camions, à travers des « cargaisons légales », selon ce vendeur.

Même si, conformément à l’accord de paix interlibanais de Taëf de 1989, les milices ont été officiellement désarmées, à l’exception notable du Hezbollah chiite, plusieurs d’entre elles ont dans les faits conservé leurs armes légères, selon des experts.

Le leader druze antisyrien Walid Joumblatt a affirmé la semaine dernière que « certains groupes » au Liban avaient été récemment « armés par leur principal fournisseur d’armes », dans une allusion à la Syrie, pour s’attaquer à l’armée et aux forces de sécurité libanaises (FSI).

Quant aux particuliers, la plupart ont déjà une arme à la maison, tradition oblige, mais certains ont entrepris de renouveler leur stock alors que d’autres se préparent à quitter le pays, assure un homme d’affaires chrétien de Beyrouth en montrant fièrement son nouveau fusil à pompe doté d’une lunette infrarouge pour lequel il a déboursé 1250 USD.

Avec la « vieille kalachnikov de famille », il a récemment montré à son fils de 19 ans « comment tirer ».

« Si jamais des bandes armées entrent dans nos quartiers, nos immeubles, pour tout casser, tout piller, il faut pouvoir se défendre. C’est tout », ajoute cet homme d’une quarantaine d’années, refusant d’être identifié.

Le Liban est plongé dans une crise politique sans précédent depuis la fin de la guerre civile.

L’opposition soutenue par Damas et Téhéran, et la majorité au pouvoir, appuyée par les États-Unis et l’Arabie saoudite, sont en désaccord sur le partage du pouvoir, ce qui bloque depuis trois mois l’élection d’un président par le Parlement.

Expert des questions juridiques de l’armement et professeur à l’Université Antonine, près de Beyrouth, Fady Fadel s’inquiète de la hausse des ventes d’armes légères qui sont utilisées dans 90% des conflits civils de par le monde.

« Le problème, c’est qu’il n’existe toujours pas de convention internationale contraignante sur ces ventes d’armes et que les principaux pays producteurs siègent au Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Chine, Russie, France, Grande-Bretagne) », dit-il.

« La guerre civile ? Nous y sommes déjà d’une certaine façon. Reste à voir quelle forme elle prendra », estime pour sa part un homme d’affaires et ancien membre de la milice chrétienne des Forces libanaises parlant sous couvert de l’anonymat.


 
 
 
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