Guerres, Invasions et Exterminations Humanitaires.

À l’inverse de R. Byrne qui croit que « le génie se distingue de la bêtise parce qu’il est limité », je dis que le génie a des balises mais pas des limites. La bêtise, quant à elle, rejoignant l’animalité de l’animal humain, est le champ du laisser aller primitif, la face illimitée grimaçante et sans balises des pulsions irrationnelles autant des individus, des sociétés que des états...

À l’époque où la guerre tenait de la conquête directe du territoire sans les subterfuges géostratégiques modernes ni les ricochets diplomatiques alimentant les baragouins médiatiques, véritables niques assénées en gifles à l’intelligence collective des désinformés, la chose était claire, la force primait le droit entre les états. À l’époque, l’invasion, la prédation et la séquestration de territoires, de peuples et d’états allaient de soi et relevaient de la gloire militaire, de l’épopée des stratèges s’illustrant par les faits d’arme où ils ne dédaignèrent guère mettre leur propre vie en jeu. À l’époque, le guerrier général, généralement chef d’État, prenait les commandes et manifestait son crime avec pompe militaire sans éluder la définition qu’un Pierre Clastres donne du guerrier dans son Archéologie de la Violence « il est fatal que le guerrier soit un voleur ». Naturellement Clastres évoque ici le guerrier conquérant ou bâtisseur d’empire quel que soit son prétexte (religieux, civilisationnel ou humanitaire) nécessairement agresseur intervenant et envahissant pour piller et déposséder ses conquis. Spoliation de territoire et asservissement était de l’ordre sans loi ni éthique des guerriers les plus puissants, les plus habiles, les plus géniaux en stratégie.

Aujourd’hui, par une impropre et médiocre circonvolution langagière où la gueule de plomb menaçante et agressive d’une communauté de colons impérialistes, alourdit l’espace public médiatique par toutes sortes de justifications insensées leur choix de la violence directe, leur usage du feu discriminatoire qui ne détruirait aucune vie ni ne provoquerait aucun dommage collatéral même quand il est lancé à partir de la mer et de l’air et qu’il frappe des villes de milliers voire de millions d’habitants, la guerre est simplement devenue un objet ludique pour quelques présidents et premiers ministres voulant exciter leur base électorale en paraissant preux et responsables dans leur assumation d’un prétendu humanisme démocratique planétaire. Le ridicule qui, ici, malheureusement et tragiquement, tue, est l’implication pseudo diplomatique de l’Onu. Quand, dans le monde immémorial des guerres, jusqu’à l’époque relativement récente de Bismarck, il était clair que la force menait le monde et que le droit restait une affaire interne des riches familles des états, nul n’osait insulter le jugement critique des hommes en leur disant que des obus pouvaient être diplomatiques ou humanitaires. Les guerres propulsaient les plus forts et soumettaient leurs vaincus sans alibis légalistes voire moralistes d’un prétendu droit ou devoir international d’intervention, sans qu’aucune instance mondiale préposée à la paix et à la résolution pacifique diplomatique des conflits, aille chercher une légitimité éthique à des envahisseurs avérés dont la présence ailleurs sur la planète, tourne aux crimes inavoués contre l’humanité. C’était aussi le temps où de vrais guerriers faisaient la guerre pour ajouter des couronnes et honneurs quoiqu’inhumainement acquis et symbolisant des pays et des peuples assujettis au fil d’hécatombes répétées, leur gloire de maîtres d’armes. Aujourd’hui, c’est le temps des chefs chétifs tirant conséquence de la mainmise des grands partis usant et abusant l’électorat pour se faire voter au service des oligarchies, lesquelles leur demande de déclencher ces ignominieux bombardements de pays ciblés selon les ressources qu’elles visent pour leur règne commercial et industriel. Ces niais vraisemblablement lâches qui chieraient dans leur froc si un missile explosait près de leur habitat, jouent au polisson matamore, bien au chaud dans leur palais en envoyant leurs joujoux meurtriers sur les pays et peuples pas comme il faut et que leur grandeur doit corriger. Cette orthopédie martiale belliciste de l’occident, serait acceptable si dans le même temps, le même occident ne dissimulait au monde les failles inacceptables de ses démocraties alignées sur l’économisme, les violations impérialistes des droits des peuples, l’inféodation de l’Onu, les activités écocides de ses industries, la précarisation de ses propres sociétés totalement astreintes à une finance qui transforme tout en spéculations osées et met en péril les acquis sociaux.

Les guerres de toutes sortes

Les guerres, ont revêtu plusieurs justifications liées aux causes au nom desquelles, elles sont menées tout au long de l’histoire selon les contingences des réalités humaines à l’espace géographique et social, contingences de l’évolution des techniques et technologies. Les guerres d’intervention ont longtemps eu cours dans l’humanité où chaque espace et sa population représentait une cible pour telle autre population militairement plus forte qui s’octroyait le droit d’annexer les territoires des populations vaincues et de prendre tout, des terres aux humains en passant par les biens et ressources comme butin légitime des seigneurs de guerre. Ce furent d’abord, des guerres tribales qui voyaient la tribu d’à côté lorgner les femmes et les terres de sa voisine avant de les prendre par la force. Bref, un monde où seuls les forts et les vainqueurs méritaient de vivre et de régner tandis que les autres étaient leurs esclaves, leur propriété. Avec les sociétés élaborées, les cités-états et les états où l’État dûment constitué garantit l’intégrité territoriale et la sécurité nationale, est née la guerre interétatique et celle de la défense stratégique dans un mode de géostratégie scientifique et technique qui allait se développer jusqu’aux confins technologiques d’armement et de logistique de toutes sortes connus aujourd’hui. La guerre est devenue dûment la forme violente des désaccords politiques et des échecs diplomatiques. Là, nul ne pouvait imaginer que la guerre allait devenir une décision diplomatique comme elle l’est depuis la première guerre du golfe et celle de l’Otan dans les Balkans de Milosevic.

Les deux grandes conflagrations mondiales du 20ème siècle ont changé la face de la guerre à bien des égards, non pas seulement par son industrialisation exponentielle mais aussi par la non partance pour le front des autorités qui décident de faire la guerre. Le temps des épopées des souverains guerriers telles celles de Khan, d’Alexandre le grand de César et de Napoléon, dont la rage de conquête se menait dans les règles de l’art militaire par d’authentiques généraux ou monarques militaires, y a pris fin.

Ensuite, après la seconde guerre mondiale, les guerres sont devenues totalement idéologiques tant entre les états (interétatique) que dans le contexte de guérillas luttant contre le pouvoir étatique à l’intérieur des pays (intraétatique qui n’est pas forcément de la guerre civile). Les guerres du Vietnam et de Corée tiennent du conflit idéologique des blocs émergés de la séparation du monde en deux par la constitution de l’Union Soviétique en superpuissance et des états du pacte de Varsovie alors que s’en en relever au départ, parce que combattant pour la justice sociale contre le capitalisme et non dans la perspective d’un bloc mené par une superpuissance, les guérillas révolutionnaires comme celle des sandinistes, ont naturellement dû se faire soutenir par l’Union Soviétique pour pouvoir tenir face aux Usa commanditant les dictatures de droite voire d’extrême droite dans des pays du Sud où les grandes majorités des peuples et des masses vivent dans des misères pires que les animaux des fermes étasuniennes. Dans ce contexte, essentiellement idéologique où les blocs voulaient à tout prix montrer leur puissance et leur ascendant sur le monde, la guerre reflétait la bipolarisation du monde et était porteuse des valeurs de l’un des deux antagonistes. Cruelle et sans souci du décalage technique ou technologique, la superpuissance étasunienne, se foutait supérieurement de la vie des civils que même elle bombardait sciemment pour punir les peuples de ce que ceux-ci ne l’appuyaient et ne renversaient leurs dirigeants civils ou militaires tenant tête à la superpuissance. L’extermination étasunienne infligée aux civils du Vietnam (plus de bombes que pendant toute la seconde guerre mondiale, utilisation de l’agent orange…), parle encore de la sauvagerie inhumaine de la superpuissance capitaliste et de ses alliés lorsqu’ils perdent le contrôle sur un point du globe ou qu’ils entendent conquérir des espaces.

Aujourd’hui, les guerres, à l’heure de la multipolarité du monde, revêtent essentiellement la forme de l’agression destinée à affaiblir les états non vraiment alignés aux quelques pays occidentaux autoproclamés Communauté Internationale. Quelle prouesse conceptuelle diabolique pathologique, et surtout, quel grand humanisme criminel que celui d’un occident pouvant se payer des laïus simplistes tels ceux des politicards de la Maison-Blanche et de l’Élysée dans leurs écholalies oiseuses de l’establishment financier et militaro-industriel, en s’octroyant à mots et à feux versés, par une diplomatie onusienne inversée, le plaisir géopolitique d’affirmer sa phagocytante supériorité dans le sang des populations qu’on entend ou prétend protéger !

Ainsi, sous de nouvelles apparences, sévit l’émiettement impitoyable d’états cible de l’hégémonie occidentale qui, à l’instar d’un Bush menaçant tout pays rebelle à son giron de le « réduire au stade préindustriel » par le feu nourri des bombardements, la guerre éclair et chirurgicale de pilonnage par missiles lancés et par bombes larguées au nom de l’alibi des droits de l’homme et de la protection des civils que ces mêmes engins exterminent, sans oublier les mercenaires utilisés à côté des armées, s’ouvre l’ère sordide et sanglante des exterminations humanitaires, appellation qui n’est pas ici qu’oxymore mais une aberration de fait, consentie comme logique diplomatique à l’échelle onusienne dans sa nouvelle diplomatie de l’horreur.

A vous peuples de toute la terre de lutter contre la logique même d’empire gendarme planétaire ! Car dans l’histoire, la preuve est faite : partout où quelques hommes faiseurs d’empire, quelque oligarques rêvent de dominer économiquement et militairement le monde, c’est toujours au nom d’un droit supraterrestre de leur essence spéciale, qui autorise tous excès et tous crimes contre l’humanité !

Bâtir des empires ou même rêver d’empire est en soi aberration criminelle contre le reste du monde sacrifié à des égos malades et exterminateurs, violenté par des « essences » sociales et nationales fomentées à dessein selon l’aberration agressive de l’essentialisme idéologique.

Pour l’heure, il faut aussi dénoncer et combattre sans complaisance l’instrumentalisation de l’Onu (donc du diplomatique planétaire) et de l’humanitaire tant pacifique que belliciste par les puissances occidentales voulant affaiblir voire rayer l’État dans les pays dits périphériques.

L’instrumentalisation du diplomatique onusien et de l’humanitaire est aujourd’hui, l’un des moyens distillant les nombreux alibis idéologiques qui justifient et semblent légitimer l’invasion et l’annihilation hégémonique des droits inaliénables des pays et des peuples du Sud nouvellement et autrement colonisés ou recolonisés en ce 21ème siècle.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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