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Intégrisme, Fanatisme et Fascisme.

L’intégrisme et le fanatisme ne sont pas que religieux, ils sont aussi idéologiques. Il n’y a eu aucun attentat terroriste d’origine islamiste depuis le 11 Septembre dans leur pays, mais les Etats-Unis ont sous-tendu leur invasion de l’Irak par un intégrisme idéologique teinté de fanatisme religieux.

L’intégrisme n’est pas l’apanage de l’Islam, qui en aurait l’exclusivité selon certains. Il a dominé la pensée catholique pendant des siècles, en Europe notamment, et il n’est pas totalement disparu, même à notre époque. On l’a retrouvé, à divers moments de l’histoire, chez les protestants et chez les juifs. Il alimente encore la guerre civile d’Irlande du Nord et les conflits qui couvent au Moyen-Orient. Depuis l’arrivée au pouvoir de G W.Bush, une certaine partie de l’Amérique dérive dangereusement vers ce qui pourrait devenir un jour un intégrisme fanatique. De quoi s’en inquiéter.

L’intégrisme n’est pas spécifiquement musulman, on l’oublie trop souvent. On le retrouve chez certains adeptes des grandes religions et d’idéologies qui prétendent expliquer le monde ainsi que la place de l’homme dans le monde. Il existe des intégristes catholiques et protestants, juifs, hindous, et même athées. L’intégrisme « inoffensif » est l’attitude qui consiste à défendre l’intégrité originelle de la doctrine religieuse à laquelle on adhère, et à combattre avec des moyens modérés ce qui tend à la réviser ou à l’adapter en la déformant. Cet intégrisme correspond au traditionalisme, et c’est ainsi qu’il faut l’appeler.

L’intégriste « dangereux et extrémiste » est celui qui attribue à ses croyances un statut de certitude évidente, démontrable et universellement accessible. Il voit automatiquement la volonté de nuire, de la malhonnêteté et de la méchanceté chez quiconque adopte des croyances opposées aux siennes. Les vérités de sa foi lui apparaissant à la fois indiscutables, accessibles à tous et indispensables au salut du monde, l’intégriste se sent justifié de combattre comme des ennemis et par tous les moyens les infidèles et les impies, considérés alors comme des méchants ou des monstres barbares. Ceux-ci méritent une punition, voire une élimination, et la société doit s’en protéger et s’en libérer, par la force et la répression, au besoin sanglante. L’intégrisme des talibans est à ranger dans cette catégorie.

L’histoire humaine a connu les manifestations les plus dangereuses de l’intégrisme. Les croisades et les guerres saintes contre les infidèles au Moyen-âge ainsi que la chasse aux hérétiques, aux blasphémateurs et aux sorcières avec l’Inquisition espagnole et les bûchers de la Nouvelle-Angleterre. Les autodafés, les tribunaux d’inquisition religieuse ou idéologique, comme les tribunaux soviétiques censés juger les « conspirateurs capitalistes ennemis du peuple » les pogroms nazis et les attentats terroristes commis pour la plus grande gloire de Dieu par les islamistes un peu partout, et ceux des Chrétiens d’Irlande du Nord.

L’intégrisme moins radical entraîne souvent des entraves à la liberté de conscience et à la liberté de croyance, l’inégalité des citoyens devant la loi ou dans les institutions publiques en raison de leurs attitudes religieuses ou idéologiques divergentes, et le soutien accordé spécialement à certains groupes religieux à l’exclusion des autres. Ce type d’intégrisme a caractérisé le MacCarthysme aux Etats-Unis, et a écarté du pouvoir en Union Soviétique et dans tous les Pays de l’Est ceux qui n’avaient pas leur carte du parti communiste.

L’Amérique, rassurons-nous, n’a pas encore poussé l’intégrisme au-delà de ses limites, mais elle exprime parfois par la bouche de G W.Bush une dérive qui pourrait devenir très dangereuse. « Notre nation a été choisie par Dieu et mandatée par l’Histoire pour servir de modèle de justice ! » Cette citation de George W. Bush pourrait aussi bien être attribuée à n’importe quel fanatique religieux intégriste. Le président américain, qui justifie chacune de ses décisions politiques par la volonté de Dieu, affirme sans complexes qu’il s’en remet à « la foi pour résoudre les plus grands problèmes de la nation ». Ceci n’est pas qu’un banal opportunisme d’homme politique qui cherche un soutien populaire auprès d’une partie de son électorat : George W. Bush, fondamentaliste convaincu, pense réellement que Dieu est avec lui, donc avec son pays. Il n’y a pour ainsi dire aucun discours important où les mêmes propos n’aient été tenus, parallèlement au discours politique ou militaire. Chef de l’État et des Armées, Bush se veut un garant des valeurs spirituelles et morales de la religion fondamentaliste chrétienne. Cet alcoolique repenti, qui a trouvé lors de son sevrage un soutien dans la religion, a reçu un monumental coup de Bible sur la tête et la sert maintenant à toutes les sauces. Je le crois suffisamment borné pour être sincère, suffisamment bête pour y croire lui-même, suffisamment fanatique pour justifier ses actes, même les plus inexcusables, par l’alibi de sa foi inébranlable et salvatrice.

Une telle religiosité conservatrice et utilitariste, alimentée par la conviction d’être dans la Vérité, est considérée extrinsèque par les spécialistes de la religion, par opposition à une religiosité intrinsèque portée par une démarche spirituelle et des valeurs d’empathie avec les autres, comme la vraie religion devrait être. Les études de ces phénomènes montrent que les individus qui affichent une telle religiosité font également preuve de préjugés de toutes sortes face à ceux qui sont de religion, de culture, d’ethnie ou de systèmes moraux différents des leurs. Les croyants de ce type dressent un mur étanche entre eux et les autres, entre les bons et les méchants (good and evil, que l’on retrouve à tout propos dans la bouche du Président américain). En déclarant que le Bien est de son côté et que ceux qui ne pensent pas comme lui sont le « mal », Bush présente un cas typique de religiosité extrinsèque. On retrouve ici tout le vocabulaire qu’il a utilisé depuis les attentats du 11 Septembre 2001 et la crise irakienne.

Une telle forme de pensée pervertie, qu’elle soit alimentée par la foi chrétienne, musulmane, juive ou autre, ne peut qu’exacerber les tensions politiques lorsqu’elle constitue la grille d’analyse ou le pôle de référence d’un chef d’état. Lorsque c’est le chef du pays le plus puissant au monde sur le plan économique, politique et militaire, qui justifie ses actions non pas par la rationalité politique mais par la ferveur religieuse, il y a lieu de s’inquiéter. L’amalgame de fondamentalisme religieux, de politique unilatérale et de puissance militaire au service d’un neo colonialisme à peine voilé est la recette parfaite du fanatisme qui risque de conduire au fascisme. Il existe trois composantes dans l’administration Bush. L’une, avec les faucons, au sein desquels les pro-sionistes radicaux, se veut neo conservatrice, et prône les actions unilatérales du fait de l’unipolarité indiscutable des Etats-Unis. La deuxième composante est représentée par les adjoints qui ont tous une histoire dans l’industrie du pétrole. La dernière composante, enfin, est d’ordre religieux, les mêmes religieux qui défendent Israël pour des raisons bibliques.

Entre l’affirmation de l’hégémonie américaine du fait de son immense supériorité économique et militaire et le fanatisme religieux de Bush, on est cuits ! Ce mélange détonant va faire des ravages sur la géopolitique mondiale et nous créer de gros ennuis, j’en ai peur. Enfin, cet aspect particulier et inquiétant de la personnalité de Bush confirme ce qu’on savait déjà : c’est un con dangereux !

Algarath


 
P.S.

Illustration : F. Vignale

 
 
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